Liberté Egalité Fraternité ! L'islam est incompatible avec la démocratie, la république et la déclaration des droits de l'homme ! " Le racisme est la plus basse forme de stupidité humaine, l'islamophobie est le summum du bon sens. " Merci au site de SIOE pour cette belle formule. Sites américains à visiter absolument : http://www.antijihadresistance.com/ http://www.unitedamericancommittee.org/ et : http://www.a-voix-haute.com et http://www.bivouac-id.com/

jeudi 28 août 2008

Le fanatisme, ou Mahomet le prophète / Voltaire

Le fanatisme, ou Mahomet le prophète / Voltaire

ACTE O SCENE 1

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La sc�ne est � la Mecque.
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Zopire, Phanor.
Zopire.
Qui ? Moi, baisser les yeux devant ses faux prodiges !
Moi, de ce fanatique encenser les prestiges !
L' honorer dans la Mecque apr�s l' avoir banni !
Non. Que des justes dieux Zopire soit puni
si tu vois cette main, jusqu' ici libre et pure,
caresser la r�volte et flatter l' imposture !
Phanor.
Nous ch�rissons en vous ce z�le paternel
du chef auguste et saint du s�nat d' Isma�l ;
mais ce z�le est funeste ; et tant de r�sistance,
sans lasser Mahomet, irrite sa vengeance.
Contre ses attentats vous pouviez autrefois
lever impun�ment le fer sacr� des lois,
et des embrasements d' une guerre immortelle
�touffer sous vos pieds la premi�re �tincelle.
Mahomet citoyen ne parut � vos yeux
qu' un novateur obscur, un vil s�ditieux :
aujourd' hui, c' est un prince ; il triomphe, il
domine ;
imposteur � la Mecque, et proph�te � M�dine,
il sait faire adorer � trente nations
tous ces m�mes forfaits qu' ici nous d�testons.
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Que dis-je ? En ces murs m�me une troupe �gar�e,
des poisons de l' erreur avec z�le enivr�e,
de ses miracles faux soutient l' illusion,
r�pand le fanatisme et la s�dition,
appelle son arm�e, et croit qu' un dieu terrible
l' inspire, le conduit, et le rend invincible.
Tous nos vrais citoyens avec vous sont unis ;
mais les meilleurs conseils sont-ils toujours suivis ?
L' amour des nouveaut�s, le faux z�le, la crainte,
de la Mecque alarm�e ont d�sol� l' enceinte ;
et ce peuple, en tout temps charg� de vos bienfaits,
crie encore � son p�re, et demande la paix.
Zopire.
La paix avec ce tra�tre ! Ah ! Peuple sans courage,
n' en attendez jamais qu' un horrible esclavage :
allez, portez en pompe, et servez � genoux
l' idole dont le poids va vous �craser tous.
Moi, je garde � ce fourbe une haine �ternelle ;
de mon coeur ulc�r� la plaie est trop cruelle :
lui-m�me a contre moi trop de ressentiments.
Le cruel fit p�rir ma femme et mes enfants :
et moi, jusqu' en son camp j' ai port� le carnage ;
la mort de son fils m�me honora mon courage.
Les flambeaux de la haine entre nous allum�s
jamais des mains du temps ne seront consum�s.
Phanor.
Ne les �teignez point, mais cachez-en la flamme ;
immolez au public les douleurs de votre �me.
Quand vous verrez ces lieux par ses mains ravag�s,
vos malheureux enfants seront-ils mieux veng�s ?
Vous avez tout perdu, fils, fr�re, �pouse, fille ;
ne perdez point l' �tat : c' est l� votre famille.
Zopire.
On ne perd les �tats que par timidit�.
Phanor.
On p�rit quelquefois par trop de fermet�.
Zopire.
P�rissons, s' il le faut.
Phanor.
Ah ! Quel triste courage,
quand vous touchez au port, vous expose au naufrage ?
Le ciel, vous le voyez, a remis en vos mains
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de quoi fl�chir encor ce tyran des humains.
Cette jeune Palmire en ses camps �lev�e,
dans vos derniers combats par vous-m�me enlev�e,
semble un ange de paix descendu parmi nous,
qui peut de Mahomet apaiser le courroux.
D�j� par ses h�rauts il l' a redemand�e.
Zopire.
Tu veux qu' � ce barbare elle soit accord�e ?
Tu veux que d' un si cher et si noble tr�sor
ses criminelles mains s' enrichissent encor ?
Quoi ! Lorsqu' il nous apporte et la fraude et la
guerre,
lorsque son bras encha�ne et ravage la terre,
les plus tendres appas brigueront sa faveur,
et la beaut� sera le prix de la fureur !
Ce n' est pas qu' � mon �ge, aux bornes de ma vie,
je porte � Mahomet une honteuse envie ;
ce coeur triste et fl�tri, que les ans ont glac�,
ne peut sentir les feux d' un d�sir insens�.
Mais soit qu' en tous les temps un objet n� pour plaire
arrache de nos voeux l' hommage involontaire ;
soit que, priv� d' enfants, je cherche � dissiper
cette nuit de douleurs qui vient m' envelopper ;
je ne sais quel penchant pour cette infortun�e
remplit le vide affreux de mon �me �tonn�e.
Soit faiblesse ou raison, je ne puis sans horreur
la voir aux mains d' un monstre, artisan de l' erreur.
Je voudrais qu' � mes voeux heureusement docile,
elle-m�me en secret p�t ch�rir cet asile ;
je voudrais que son coeur, sensible � mes bienfaits,
d�test�t Mahomet autant que je le hais.
Elle veut me parler sous ces sacr�s portiques,
non loin de cet autel de nos dieux domestiques ;
elle vient, et son front, si�ge de la candeur,
annonce en rougissant les vertus de son coeur.
ACTE 1 SCENE 2

Zopire, Palmire.
Zopire.
Jeune et charmant objet dont le sort de la guerre,
propice � ma vieillesse, honora cette terre,
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vous n' �tes point tomb�e en de barbares mains ;
tout respecte avec moi vos malheureux destins,
votre �ge, vos beaut�s, votre aimable innocence.
Parlez ; et s' il me reste encor quelque puissance,
de vos justes d�sirs si je remplis les voeux,
ces derniers de mes jours seront des jours heureux.
Palmire.
Seigneur, depuis deux mois sous vos lois prisonni�re,
je dus � mes destins pardonner ma mis�re ;
vos g�n�reuses mains s' empressent d' effacer
les larmes que le ciel me condamne � verser.
Par vous, par vos bienfaits, � parler enhardie,
c' est de vous que j' attends le bonheur de ma vie.
Aux voeux de Mahomet j' ose ajouter les miens :
il vous a demand� de briser mes liens ;
puissiez-vous l' �couter ! Et puiss�-je lui dire
qu' �pr�s le ciel et lui je dois tout � Zopire !
Zopire.
Ainsi de Mahomet vous regrettez les fers,
ce tumulte des camps, ces horreurs des d�serts,
cette patrie errante, au trouble abandonn�e ?
Palmire.
La patrie est aux lieux o� l' �me est encha�n�e.
Mahomet a form� mes premiers sentiments,
et ses femmes en paix guidaient mes faibles ans :
leur demeure est un temple o� ces femmes sacr�es
l�vent au ciel des mains de leur ma�tre ador�es.
Le jour de mon malheur, h�las ! Fut le seul jour
o� le sort des combats a troubl� leur s�jour :
seigneur, ayez piti� d' une �me d�chir�e,
toujours pr�sente aux lieux dont je suis s�par�e.
Zopire.
J' entends : vous esp�rez partager quelque jour
de ce ma�tre orgueilleux et la main et l' amour.
Palmire.
Seigneur, je le r�v�re, et mon �me tremblante
croit voir dans Mahomet un dieu qui m' �pouvante.
Non, d' un si grand hymen mon coeur n' est point flatt� ;
tant d' �clat convient mal � tant d' obscurit�.
Zopire.
Ah ! Qui que vous soyez, il n' est point n� peut-�tre
pour �tre votre �poux, encor moins votre ma�tre ;
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et vous semblez d' un sang fait pour donner des lois
� l' arabe insolent qui marche �gal aux rois.
Palmire.
Nous ne connaissons point l' orgueil de la naissance ;
sans parents, sans patrie, esclaves d�s l' enfance,
dans notre �galit� nous ch�rissons nos fers ;
tout nous est �tranger, hors le dieu que je sers.
Zopire.
Tout vous est �tranger ! Cet �tat peut-il plaire ?
Quoi ! Vous servez un ma�tre, et n' avez point de p�re ?
Dans mon triste palais, seul et priv� d' enfants,
j' aurais pu voir en vous l' appui de mes vieux ans ;
le soin de vous former des destins plus propices
e�t adouci des miens les longues injustices.
Mais non, vous abhorrez ma patrie et ma loi.
Palmire.
Comment puis-je �tre � vous ? Je ne suis point � moi.
Vous aurez mes regrets, votre bont� m' est ch�re ;
mais enfin Mahomet m' a tenu lieu de p�re.
Zopire.
Quel p�re ! Justes dieux ! Lui ? Ce monstre
imposteur !
Palmire.
Ah ! Quels noms inou�s lui donnez-vous, seigneur !
Lui, dans qui tant d' �tats adorent leur proph�te !
Lui, l' envoy� du ciel, et son seul interpr�te !
Zopire.
�trange aveuglement des malheureux mortels !
Tout m' abandonne ici pour dresser des autels
� ce coupable heureux qu' �pargna ma justice,
et qui courut au tr�ne, �chapp� du supplice.
Palmire.
Vous me faites fr�mir, seigneur ; et, de mes jours,
je n' avais entendu ces horribles discours.
Mon penchant, je l' avoue, et ma reconnaissance,
vous donnaient sur mon coeur une juste puissance ;
vos blasph�mes affreux contre mon protecteur
� ce penchant si doux font succ�der l' horreur.
Zopire.
� superstition ! Tes rigueurs inflexibles
privent d' humanit� les coeurs les plus sensibles.
Que je vous plains, Palmire ! Et que sur vos erreurs
ma piti� malgr� moi me fait verser de pleurs !
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Palmire.
Et vous me refusez !
Zopire.
Oui. Je ne puis vous rendre
au tyran qui trompa ce coeur flexible et tendre ;
oui, je crois voir en vous un bien trop pr�cieux,
qui me rend Mahomet encor plus odieux.
ACTE 1 SCENE 3

Zopire, Palmire, Phanor.
Zopire.
Que voulez-vous, Phanor ?
Phanor.
Aux portes de la ville,
d' o� l' on voit de Moad la campagne fertile,
Omar est arriv�.
Zopire.
Qui ? Ce farouche Omar,
que l' erreur aujourd' hui conduit apr�s son char,
qui combattit longtemps le tyran qu' il adore,
qui vengea son pays ?
Phanor.
Peut-�tre il l' aime encore.
Moins terrible � nos yeux, cet insolent guerrier,
portant entre ses mains le glaive et l' olivier,
de la paix � nos chefs a pr�sent� le gage.
On lui parle ; il demande, il re�oit un otage.
S�ide est avec lui.
Palmire.
Grand dieu ! Destin plus doux !
Quoi ! S�ide ?
Phanor.
Omar vient, il s' avance vers vous.
Zopire.
Il le faut �couter. Allez, jeune Palmire.
(Palmire sort.)
Omar devant mes yeux ! Qu' osera-t-il me dire ?
� dieux de mon pays, qui depuis trois mille ans
prot�giez d' Isma�l les g�n�reux enfants !
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Soleil, sacr� flambeau, qui dans votre carri�re,
image de ces dieux, nous pr�tez leur lumi�re,
voyez et soutenez la juste fermet�
que j' opposai toujours contre l' iniquit� !
ACTE 1 SCENE 4

Zopire, Omar, Phanor, suite.
Zopire.
Eh bien ! Apr�s six ans tu revois ta patrie,
que ton bras d�fendit, que ton coeur a trahie.
Ces murs sont encor pleins de tes premiers exploits.
D�serteur de nos dieux, d�serteur de nos lois,
pers�cuteur nouveau de cette cit� sainte,
d' o� vient que ton audace en profane l' enceinte ?
Ministre d' un brigand qu' on d�t exterminer,
parle : que me veux-tu ?
Omar.
Je veux te pardonner.
Le proph�te d' un dieu, par piti� pour ton �ge,
pour tes malheurs pass�s, surtout pour ton courage,
te pr�sente une main qui pourrait t' �craser ;
et j' apporte la paix qu' il daigne proposer.
Zopire.
Un vil s�ditieux pr�tend avec audace
nous accorder la paix, et non demander gr�ce !
Souffrirez-vous, grands dieux ! Qu' au gr� de ses
forfaits
Mahomet nous ravisse ou nous rende la paix ?
Et vous, qui vous chargez des volont�s d' un tra�tre,
ne rougissez-vous point de servir un tel ma�tre ?
Ne l' avez-vous pas vu, sans honneur et sans biens,
ramper au dernier rang des derniers citoyens ?
Qu' alors il �tait loin de tant de renomm�e !
Omar.
� tes viles grandeurs ton �me accoutum�e
juge ainsi du m�rite, et p�se les humains
au poids que la fortune avait mis dans tes mains.
Ne sais-tu pas encore, homme faible et superbe,
que l' insecte insensible enseveli sous l' herbe,
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et l' aigle imp�rieux qui plane au haut du ciel,
rentrent dans le n�ant aux yeux de l' �ternel ?
Les mortels sont �gaux ; ce n' est point la naissance,
c' est la seule vertu qui fait leur diff�rence.
Il est de ces esprits favoris�s des cieux,
qui sont tout par eux-m�me, et rien par leurs a�eux.
Tel est l' homme, en un mot, que j' ai choisi pour
ma�tre ;
lui seul dans l' univers a m�rit� de l' �tre ;
tout mortel � sa loi doit un jour ob�ir,
et j' ai donn� l' exemple aux si�cles � venir.
Zopire.
Je te connais, Omar : en vain ta politique
vient m' �taler ici ce tableau fanatique :
en vain tu peux ailleurs �blouir les esprits ;
ce que ton peuple adore excite mes m�pris.
Bannis toute imposture, et d' un coup d' oeil plus
sage
regarde ce proph�te � qui tu rends hommage ;
vois l' homme en Mahomet ; con�ois par quel degr�
tu fais monter aux cieux ton fant�me ador�.
Enthousiaste ou fourbe, il faut cesser de l' �tre ;
sers-toi de ta raison, juge avec moi ton ma�tre :
tu verras de chameaux un grossier conducteur,
chez sa premi�re �pouse insolent imposteur,
qui, sous le vain app�t d' un songe ridicule,
des plus vils des humains tente la foi cr�dule ;
comme un s�ditieux � mes pieds amen�,
par quarante vieillards � l' exil condamn� :
trop l�ger ch�timent qui l' enhardit au crime.
De caverne en caverne il fuit avec Fatime.
Ses disciples errants de cit�s en d�serts,
proscrits, pers�cut�s, bannis, charg�s de fers,
prom�nent leur fureur, qu' ils appellent divine ;
de leurs venins bient�t ils infectent M�dine.
Toi-m�me alors, toi-m�me, �coutant la raison,
tu voulus dans sa source arr�ter le poison.
Je te vis plus heureux, et plus juste, et plus brave,
attaquer le tyran dont je te vois l' esclave.
S' il est un vrai proph�te, osas-tu le punir ?
S' il est un imposteur, oses-tu le servir ?
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Omar.
Je voulus le punir quand mon peu de lumi�re
m�connut ce grand homme entr� dans la carri�re :
mais enfin, quand j' ai vu que Mahomet est n�
pour changer l' univers � ses pieds constern� ;
quand mes yeux, �clair�s du feu de son g�nie,
le virent s' �lever dans sa course infinie ;
�loquent, intr�pide, admirable en tout lieu,
agir, parler, punir, ou pardonner en dieu ;
j' associai ma vie � ses travaux immenses :
des tr�nes, des autels en sont les r�compenses.
Je fus, je te l' avoue, aveugle comme toi.
Ouvre les yeux, Zopire, et change ainsi que moi ;
et, sans plus me vanter les fureurs de ton z�le,
ta pers�cution si vaine et si cruelle,
nos fr�res g�missants, notre dieu blasph�m�,
tombe aux pieds d' un h�ros par toi-m�me opprim�.
Viens baiser cette main qui porte le tonnerre.
Tu me vois apr�s lui le premier de la terre ;
le poste qui te reste est encore assez beau
pour fl�chir noblement sous ce ma�tre nouveau.
Vois ce que nous �tions, et vois ce que nous sommes.
Le peuple, aveugle et faible, est n� pour les grands
hommes,
pour admirer, pour croire, et pour nous ob�ir.
Viens r�gner avec nous, si tu crains de servir ;
partage nos grandeurs au lieu de t' y soustraire ;
et, las de l' imiter, fais trembler le vulgaire.
Zopire.
Ce n' est qu' � Mahomet, � ses pareils, � toi,
que je pr�tends, Omar, inspirer quelque effroi.
Tu veux que du s�nat le sh�rif infid�le
encense un imposteur, et couronne un rebelle !
Je ne te nierai point que ce fier s�ducteur
n' ait beaucoup de prudence et beaucoup de valeur :
je connais comme toi les talents de ton ma�tre ;
s' il �tait vertueux, c' est un h�ros peut-�tre :
mais ce h�ros, Omar, est un tra�tre, un cruel,
et de tous les tyrans c' est le plus criminel.
Cesse de m' annoncer sa trompeuse cl�mence ;
le grand art qu' il poss�de est l' art de la vengeance.
Dans le cour de la guerre un funeste destin
le priva de son fils que fit p�rir ma main.
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Mon bras per�a le fils, ma voix bannit le p�re ;
ma haine est inflexible, ainsi que sa col�re ;
pour rentrer dans la Mecque, il doit m' exterminer,
et le juste aux m�chants ne doit point pardonner.
Omar.
Eh bien ! Pour te montrer que Mahomet pardonne,
pour te faire embrasser l' exemple qu' il te donne,
partage avec lui-m�me, et donne � tes tribus
les d�pouilles des rois que nous avons vaincus.
Mets un prix � la paix, mets un prix � Palmire ;
nos tr�sors sont � toi.
Zopire.
Tu penses me s�duire,
me vendre ici ma honte, et marchander la paix
par ses tr�sors honteux, le prix de ses forfaits ?
Tu veux que sous ses lois Palmire se remette ?
Elle a trop de vertus pour �tre sa sujette ;
et je veux l' arracher aux tyrans imposteurs,
qui renversent les lois et corrompent les moeurs.
Omar.
Tu me parles toujours comme un juge implacable,
qui sur son tribunal intimide un coupable.
Pense et parle en ministre ; agis, traite avec moi
comme avec l' envoy� d' un grand homme et d' un roi.
Zopire.
Qui l' a fait roi ? Qui l' a couronn� ?
Omar.
La victoire.
M�nage sa puissance, et respecte sa gloire.
Aux noms de conqu�rant et de triomphateur,
il veut joindre le nom de pacificateur,
son arm�e est encore aux bords du Sa�bare ;
des murs o� je suis n� le si�ge se pr�pare ;
sauvons, si tu m' en crois, le sang qui va couler :
Mahomet veut ici te voir et te parler.
Zopire.
Lui ? Mahomet ?
Omar.
Lui-m�me ; il t' en conjure.
Zopire.
Tra�tre !
Si de ces lieux sacr�s j' �tais l' unique ma�tre,
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c' est en te punissant que j' aurais r�pondu.
Omar.
Zopire, j' ai piti� de ta fausse vertu.
Mais puisqu' un vil s�nat insolemment partage
de ton gouvernement le fragile avantage,
puisqu' il r�gne avec toi, je cours m' y pr�senter.
Zopire.
Je t' y suis ; nous verrons qui l' on doit �couter.
Je d�fendrai mes lois, mes dieux, et ma patrie.
Viens-y contre ma voix pr�ter ta voix impie
au dieu pers�cuteur, effroi du genre humain,
qu' un fourbe ose annoncer les armes � la main.
(� Phanor.)
toi, viens m' aider, Phanor, � repousser un tra�tre :
le souffrir parmi nous, et l' �pargner, c' est l' �tre.
Renversons ses desseins, confondons son orgueil ;
pr�parons son supplice, ou creusons mon cercueil.
Je vais, si le s�nat m' �coute et me seconde,
d�livrer d' un tyran ma patrie et le monde.
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ACTE 2 SCENE 1

S�ide, Palmire.
Palmire.
Dans ma prison cruelle est-ce un dieu qui te guide ?
Mes maux sont-ils finis ? Te revois-je, S�ide ?
S�ide.
� charme de ma vie et de tous mes malheurs !
Palmire, unique objet qui m' a co�t� des pleurs,
depuis ce jour de sang qu' un ennemi barbare,
pr�s des camps du proph�te, aux bords du Sa�bare,
vint arracher sa proie � mes bras tout sanglants ;
qu' �tendu loin de toi sur des corps expirants,
mes cris mal entendus sur cette inf�me rive
invoqu�rent la mort sourde � ma voix plaintive,
� ma ch�re Palmire, en quel gouffre d' horreur
tes p�rils et ma perte ont ab�m� mon coeur !
Que mes feux, que ma crainte, et mon impatience,
accusaient la lenteur des jours de la vengeance !
Que je h�tais l' assaut si longtemps diff�r�,
cette heure de carnage, o�, de sang enivr�,
je devais de mes mains br�ler la ville impie
o� Palmire a pleur� sa libert� ravie !
Enfin de Mahomet les sublimes desseins,
que n' ose approfondir l' humble esprit des humains,
ont fait entrer Omar en ce lieu d' esclavage ;
je l' apprends, et j' y vole. On demande un otage ;
j' entre, je me pr�sente ; on accepte ma foi,
et je me rends captif, ou je meurs avec toi.
p119

Palmire.
S�ide, au moment m�me, avant que ta pr�sence
v�nt de mon d�sespoir calmer la violence,
je me jetais aux pieds de mon fier ravisseur.
Vous voyez, ai-je dit, les secrets de mon coeur :
ma vie est dans les camps dont vous m' avez tir�e ;
rendez-moi le seul bien dont je suis s�par�e.
Mes pleurs, en lui parlant, ont arros� ses pieds ;
ses refus ont saisi mes esprits effray�s.
J' ai senti dans mes yeux la lumi�re obscurcie :
mon coeur, sans mouvement, sans chaleur, et sans vie,
d' aucune ombre d' espoir n' �tait plus secouru ;
tout finissait pour moi, quand S�ide a paru.
S�ide.
Quel est donc ce mortel insensible � tes larmes ?
Palmire.
C' est Zopire : il semblait touch� de mes alarmes ;
mais le cruel enfin vient de me d�clarer
que des lieux o� je suis rien ne peut me tirer.
S�ide.
Le barbare se trompe ; et Mahomet mon ma�tre,
et l' invincible Omar, et moi-m�me peut-�tre
(car j' ose me nommer apr�s ces noms fameux,
pardonne � ton amant cet espoir orgueilleux),
nous briserons ta cha�ne, et tarirons tes larmes.
Le dieu de Mahomet, protecteur de nos armes,
le dieu dont j' ai port� les sacr�s �tendards,
le dieu qui de M�dine a d�truit les remparts,
renversera la Mecque � nos pieds abattue.
Omar est dans la ville, et le peuple � sa vue
n' a point fait �clater ce trouble et cette horreur
qu' inspire aux ennemis un ennemi vainqueur ;
au nom de Mahomet un grand dessein l' am�ne.
Palmire.
Mahomet nous ch�rit ; il briserait ma cha�ne ;
il unirait nos coeurs ; nos coeurs lui sont offerts :
mais il est loin de nous, et nous sommes aux fers.
ACTE 2 SCENE 2

p120

Palmire, S�ide, Omar.
Omar.
Vos fers seront bris�s, soyez pleins d' esp�rance ;
le ciel vous favorise, et Mahomet s' avance.
S�ide.
Lui ?
Palmire.
Notre auguste p�re ?
Omar.
Au conseil assembl�
l' esprit de Mahomet par ma bouche a parl�.
" ce favori du dieu qui pr�side aux batailles,
ce grand homme, ai-je dit, est n� dans vos murailles.
Il s' est rendu des rois le ma�tre et le soutien,
et vous lui refusez le rang de citoyen !
Vient-il vous encha�ner, vous perdre, vous d�truire ?
Il vient vous prot�ger, mais surtout vous instruire :
il vient dans vos coeurs m�me �tablir son pouvoir. "
plus d' un juge � ma voix a paru s' �mouvoir ;
les esprits s' �branlaient : l' inflexible Zopire,
qui craint de la raison l' in�vitable empire,
veut convoquer le peuple, et s' en faire un appui.
On l' assemble ; j' y cours, et j' arrive avec lui :
je parle aux citoyens, j' intimide, j' exhorte ;
j' obtiens qu' � Mahomet on ouvre enfin la porte.
Apr�s quinze ans d' exil, il revoit ses foyers ;
il entre accompagn� des plus braves guerriers,
d' Ali, d' Ammon, d' Hercide, et de sa noble �lite ;
il entre, et sur ses pas chacun se pr�cipite ;
chacun porte un regard, comme un coeur diff�rent :
l' un croit voir un h�ros, l' autre voir un tyran.
Celui-ci le blasph�me, et le menace encore ;
cet autre est � ses pieds, les embrasse, et l' adore.
Nous faisons retentir � ce peuple agit�
les noms sacr�s de dieu, de paix, de libert�.
De Zopire �perdu la cabale impuissante
vomit en vain les feux de sa rage expirante.
p121

Au milieu de leurs cris, le front calme et serein,
Mahomet marche en ma�tre, et l' olive � la main :
la tr�ve est publi�e ; et le voici lui-m�me.
ACTE 2 SCENE 3

Mahomet, Omar, Ali, Hercide, S�ide,
Palmire, suite.
Mahomet.
Invincibles soutiens de mon pouvoir supr�me,
noble et sublime Ali, Morad, Hercide, Ammon,
retournez vers ce peuple, instruisez-le en mon nom ;
promettez, menacez ; que la v�rit� r�gne ;
qu' on adore mon dieu, mais surtout qu' on le craigne.
Vous, S�ide, en ces lieux !
S�ide.
� mon p�re ! � mon roi !
Le dieu qui vous inspire a march� devant moi.
Pr�t � mourir pour vous, pr�t � tout entreprendre,
j' ai pr�venu votre ordre.
Mahomet.
Il e�t fallu l' attendre.
Qui fait plus qu' il ne doit ne sait point me servir.
J' ob�is � mon dieu ; vous, sachez m' ob�ir.
Palmire.
Ah ! Seigneur ! Pardonnez � son impatience.
�lev�s pr�s de vous dans notre tendre enfance,
les m�mes sentiments nous animent tous deux :
h�las ! Mes tristes jours sont assez malheureux !
Loin de vous, loin de lui, j' ai langui prisonni�re ;
mes yeux de pleurs noy�s s' ouvraient � la lumi�re :
empoisonneriez-vous l' instant de mon bonheur ?
Mahomet.
Palmire, c' est assez ; je lis dans votre coeur :
que rien ne vous alarme, et rien ne vous �tonne.
Allez : malgr� les soins de l' autel et du tr�ne,
mes yeux sur vos destins seront toujours ouverts ;
je veillerai sur vous comme sur l' univers.
(� S�ide.)
vous, suivez mes guerriers ; et vous, jeune Palmire,
en servant votre dieu, ne craignez que Zopire.
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ACTE 2 SCENE 4

Mahomet, Omar.
Mahomet.
Toi, reste, brave Omar : il est temps que mon coeur
de ses derniers replis t' ouvre la profondeur.
D' un si�ge encor douteux la lenteur ordinaire
peut retarder ma course, et borner ma carri�re :
ne donnons point le temps aux mortels d�tromp�s
de rassurer leurs yeux de tant d' �clat frapp�s.
Les pr�jug�s, ami, sont les rois du vulgaire.
Tu connais quel oracle et quel bruit populaire
ont promis l' univers � l' envoy� d' un dieu,
qui, re�u dans la Mecque, et vainqueur en tout lieu,
entrerait dans ces murs en �cartant la guerre :
je viens mettre � profit les erreurs de la terre.
Mais tandis que les miens, par de nouveaux efforts,
de ce peuple inconstant font mouvoir les ressorts,
de quel oeil revois-tu Palmire avec S�ide ?
Omar.
Parmi tous ces enfants enlev�s par Hercide,
qui, form�s sous ton joug, et nourris dans ta loi,
n' ont de dieu que le tien, n' ont de p�re que toi,
aucun ne te servit avec moins de scrupule,
n' eut un coeur plus docile, un esprit plus cr�dule ;
de tous tes musulmans ce sont les plus soumis.
Mahomet.
Cher Omar, je n' ai point de plus grands ennemis.
Ils s' aiment, c' est assez.
Omar.
Bl�mes-tu leurs tendresses ?
Mahomet.
Ah ! Connais mes fureurs et toutes mes faiblesses.
Omar.
Comment ?
Mahomet.
Tu sais assez quel sentiment vainqueur
parmi mes passions r�gne au fond de mon coeur.
Charg� du soin du monde, environn� d' alarmes,
je porte l' encensoir, et le sceptre, et les armes :
p123

ma vie est un combat, et ma frugalit�
asservit la nature � mon aust�rit� :
j' ai banni loin de moi cette liqueur tra�tresse
qui nourrit des humains la brutale mollesse :
dans des sables br�lants, sur des rochers d�serts,
je supporte avec toi l' incl�mence des airs :
l' amour seul me console ; il est ma r�compense,
l' objet de mes travaux, l' idole que j' encense,
le dieu de Mahomet ; et cette passion
est �gale aux fureurs de mon ambition.
Je pr�f�re en secret Palmire � mes �pouses.
Con�ois-tu bien l' exc�s de mes fureurs jalouses,
quand Palmire � mes pieds, par un aveu fatal,
insulte � Mahomet, et lui donne un rival ?
Omar.
Et tu n' es pas veng� ?
Mahomet.
Juge si je dois l' �tre.
Pour le mieux d�tester, apprends � le conna�tre.
De mes deux ennemis apprends tous les forfaits :
tous deux sont n�s ici du tyran que je hais.
Omar.
Quoi ! Zopire...
Mahomet.
Est leur p�re : Hercide en ma puissance
remit depuis quinze ans leur malheureuse enfance.
J' ai nourri dans mon sein ces serpents dangereux ;
d�j� sans se conna�tre ils m' outragent tous deux.
J' attisai de mes mains leurs feux ill�gitimes.
Le ciel voulut ici rassembler tous les crimes.
Je veux... leur p�re vient ; ses yeux lancent vers nous
les regards de la haine, et les traits du courroux.
Observe tout, Omar, et qu' avec son escorte
le vigilant Hercide assi�ge cette porte.
Reviens me rendre compte, et voir s' il faut h�ter
ou retenir les coups que je dois lui porter.
p124

ACTE 2 SCENE 5

Zopire, Mahomet.
Zopire.
Ah ! Quel fardeau cruel � ma douleur profonde !
Moi, recevoir ici cet ennemi du monde !
Mahomet.
Approche, et puisque enfin le ciel veut nous unir,
vois Mahomet sans crainte, et parle sans rougir.
Zopire.
Je rougis pour toi seul, pour toi dont l' artifice
a tra�n� ta patrie au bord du pr�cipice ;
pour toi de qui la main s�me ici les forfaits,
et fait na�tre la guerre au milieu de la paix.
Ton nom seul parmi nous divise les familles,
les �poux, les parents, les m�res et les filles ;
et la tr�ve pour toi n' est qu' un moyen nouveau
pour venir dans nos coeurs enfoncer le couteau.
La discorde civile est partout sur ta trace.
Assemblage inou� de mensonge et d' audace,
tyran de ton pays, est-ce ainsi qu' en ce lieu
tu viens donner la paix, et m' annoncer un dieu ?
Mahomet.
Si j' avais � r�pondre � d' autres qu' � Zopire,
je ne ferais parler que le dieu qui m' inspire ;
le glaive et l' alcoran, dans mes sanglantes mains,
imposeraient silence au reste des humains ;
ma voix ferait sur eux les effets du tonnerre,
et je verrais leurs fronts attach�s � la terre :
mais je te parle en homme, et sans rien d�guiser ;
je me sens assez grand pour ne pas t' abuser.
Vois quel est Mahomet : nous sommes seuls ; �coute :
je suis ambitieux ; tout homme l' est, sans doute ;
mais jamais roi, pontife, ou chef, ou citoyen,
ne con�ut un projet aussi grand que le mien.
Chaque peuple � son tour a brill� sur la terre,
par les lois, par les arts, et surtout par la guerre ;
le temps de l' Arabie est � la fin venu.
Ce peuple g�n�reux, trop longtemps inconnu,
p125

laissait dans ses d�serts ensevelir sa gloire ;
voici les jours nouveaux marqu�s pour la victoire.
Vois du nord au midi l' univers d�sol�,
la Perse encor sanglante, et son tr�ne �branl�,
l' Inde esclave et timide, et l' �gypte abaiss�e,
des murs de Constantin la splendeur �clips�e ;
vois l' empire romain tombant de toutes parts,
ce grand corps d�chir�, dont les membres �pars
languissent dispers�s sans honneur et sans vie :
sur ces d�bris du monde �levons l' Arabie.
Il faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers ;
il faut un nouveau dieu pour l' aveugle univers.
En �gypte Osiris, Zoroastre en Asie,
chez les cr�tois Minos, Numa dans l' Italie,
� des peuples sans moeurs, et sans culte, et sans rois,
donn�rent ais�ment d' insuffisantes lois.
Je viens apr�s mille ans changer ces lois grossi�res :
j' apporte un joug plus noble aux nations enti�res :
j' abolis les faux dieux ; et mon culte �pur�
de ma grandeur naissante est le premier degr�.
Ne me reproche point de tromper ma patrie ;
je d�truis sa faiblesse et son idol�trie :
sous un roi, sous un dieu, je viens la r�unir ;
et, pour la rendre illustre, il la faut asservir.
Zopire.
Voil� donc tes desseins ! C' est donc toi dont l' audace
de la terre � ton gr� pr�tend changer la face !
Tu veux, en apportant le carnage et l' effroi,
commander aux humains de penser comme toi :
tu ravages le monde, et tu pr�tends l' instruire.
Ah ! Si par des erreurs il s' est laiss� s�duire,
si la nuit du mensonge a pu nous �garer,
par quels flambeaux affreux veux-tu nous �clairer ?
Quel droit as-tu re�u d' enseigner, de pr�dire,
de porter l' encensoir, et d' affecter l' empire ?
Mahomet.
Le droit qu' un esprit vaste, et ferme en ses desseins,
a sur l' esprit grossier des vulgaires humains.
p126

Zopire.
Eh quoi ! Tout factieux qui pense avec courage
doit donner aux mortels un nouvel esclavage ?
Il a droit de tromper, s' il trompe avec grandeur ?
Mahomet.
Oui ; je connais ton peuple, il a besoin d' erreur ;
ou v�ritable ou faux, mon culte est n�cessaire.
Que t' ont produit tes dieux ? Quel bien t' ont-ils pu
faire ?
Quels lauriers vois-tu cro�tre au pied de leurs
autels ?
Ta secte obscure et basse avilit les mortels,
�nerve le courage, et rend l' homme stupide ;
la mienne �l�ve l' �me, et la rend intr�pide :
ma loi fait des h�ros.
Zopire.
Dis plut�t des brigands.
Porte ailleurs tes le�ons, l' �cole des tyrans ;
va vanter l' imposture � M�dine o� tu r�gnes,
o� tes ma�tres s�duits marchent sous tes enseignes,
o� tu vois tes �gaux � tes pieds abattus.
Mahomet.
Des �gaux ! D�s longtemps Mahomet n' en a plus.
Je fais trembler la Mecque, et je r�gne � M�dine ;
crois-moi, re�ois la paix, si tu crains ta ruine.
Zopire.
La paix est dans ta bouche, et ton coeur en est loin :
penses-tu me tromper ?
Mahomet.
Je n' en ai pas besoin.
C' est le faible qui trompe, et le puissant commande.
Demain j' ordonnerai ce que je te demande ;
demain je puis te voir � mon joug asservi :
aujourd' hui Mahomet veut �tre ton ami.
Zopire.
Nous amis ! Nous, cruel ! Ah ! Quel nouveau prestige !
Connais-tu quelque dieu qui fasse un tel prodige ?
Mahomet.
J' en connais un puissant, et toujours �cout�,
qui te parle avec moi.
Zopire.
Qui ?
Mahomet.
La n�cessit�,
p127

ton int�r�t.
Zopire.
Avant qu' un tel noeud nous rassemble,
les enfers et les cieux seront unis ensemble.
L' int�r�t est ton dieu, le mien est l' �quit� ;
entre ces ennemis il n' est point de trait�.
Quel serait le ciment, r�ponds-moi, si tu l' oses,
de l' horrible amiti� qu' ici tu me proposes ?
R�ponds ; est-ce ton fils que mon bras te ravit ?
Est-ce le sang des miens que ta main r�pandit ?
Mahomet.
Oui, ce sont tes fils m�me. Oui, connais un myst�re
dont seul dans l' univers je suis d�positaire :
tu pleures tes enfants, ils respirent tous deux.
Zopire.
Ils vivraient ! Qu' as-tu dit ? � ciel ! � jour
heureux !
Ils vivraient ! C' est de toi qu' il faut que je
l' apprenne !
Mahomet.
�lev�s dans mon camp, tous deux sont dans ma cha�ne.
Zopire.
Mes enfants dans tes fers ! Ils pourraient te servir !
Mahomet.
Mes bienfaisantes mains ont daign� les nourrir.
Zopire.
Quoi ! Tu n' as point sur eux �tendu ta col�re ?
Mahomet.
Je ne les punis point des fautes de leur p�re.
Zopire.
Ach�ve, �claircis-moi, parle, quel est leur sort ?
Mahomet.
Je tiens entre mes mains et leur vie et leur mort ;
tu n' as qu' � dire un mot, et je t' en fais l' arbitre.
Zopire.
Moi, je puis les sauver ! � quel prix ? � quel titre ?
Faut-il donner mon sang ? Faut-il porter leurs fers ?
Mahomet.
Non, mais il faut m' aider � tromper l' univers ;
il faut rendre la Mecque, abandonner ton temple,
de la cr�dulit� donner � tous l' exemple,
annoncer l' alcoran aux peuples effray�s,
me servir en proph�te, et tomber � mes pieds :
je te rendrai ton fils, et je serai ton gendre.
p128

Zopire.
Mahomet, je suis p�re, et je porte un coeur tendre.
Apr�s quinze ans d' ennuis, retrouver mes enfants,
les revoir, et mourir dans leurs embrassements,
c' est le premier des biens pour mon �me attendrie :
mais s' il faut � ton culte asservir ma patrie,
ou de ma propre main les immoler tous deux ;
connais-moi, Mahomet, mon choix n' est pas douteux.
Adieu.
Mahomet, seul.
Fier citoyen, vieillard inexorable,
je serai plus que toi cruel, impitoyable.
ACTE 2 SCENE 6

Mahomet, Omar.
Omar.
Mahomet, il faut l' �tre, ou nous sommes perdus :
les secrets des tyrans me sont d�j� vendus.
Demain la tr�ve expire, et demain l' on t' arr�te :
demain Zopire est ma�tre, et fait tomber ta t�te.
La moiti� du s�nat vient de te condamner ;
n' osant pas te combattre, on t' ose assassiner.
Ce meurtre d' un h�ros, ils le nomment supplice ;
et ce complot obscur, ils l' appellent justice.
Mahomet.
Ils sentiront la mienne ; ils verront ma fureur.
La pers�cution fit toujours ma grandeur :
Zopire p�rira.
Omar.
Cette t�te funeste,
p129

en tombant � tes pieds, fera fl�chir le reste.
Mais ne perds point de temps.
Mahomet.
Mais, malgr� mon courroux,
je dois cacher la main qui va lancer les coups,
et d�tourner de moi les soup�ons du vulgaire.
Omar.
Il est trop m�prisable.
Mahomet.
Il faut pourtant lui plaire ;
et j' ai besoin d' un bras qui, par ma voix conduit,
soit seul charg� du meurtre et m' en laisse le fruit.
Omar.
Pour un tel attentat je r�ponds de S�ide.
Mahomet.
De lui ?
Omar.
C' est l' instrument d' un pareil homicide.
Otage de Zopire, il peut seul aujourd' hui
l' aborder en secret, et te venger de lui.
Tes autres favoris, z�l�s avec prudence,
pour s' exposer � tout ont trop d' exp�rience ;
ils sont tous dans cet �ge o� la maturit�
fait tomber le bandeau de la cr�dulit� ;
il faut un coeur plus simple, aveugle avec courage,
un esprit amoureux de son propre esclavage :
la jeunesse est le temps de ces illusions.
S�ide est tout en proie aux superstitions ;
c' est un lion docile � la voix qui le guide.
Mahomet.
Le fr�re de Palmire ?
Omar.
Oui, lui-m�me, oui, S�ide,
de ton fier ennemi le fils audacieux,
de son ma�tre offens� rival incestueux.
Mahomet.
Je d�teste S�ide, et son nom seul m' offense ;
la cendre de mon fils me crie encor vengeance :
mais tu connais l' objet de mon fatal amour ;
tu connais dans quel sang elle a puis� le jour.
Tu vois que dans ces lieux environn�s d' ab�mes
je viens chercher un tr�ne, un autel, des victimes ;
p131

qu' il faut d' un peuple fier enchanter les esprits,
qu' il faut perdre Zopire, et perdre encor son fils.
Allons, consultons bien mon int�r�t, ma haine,
l' amour, l' indigne amour, qui malgr� moi m' entra�ne,
et la religion, � qui tout est soumis,
et la n�cessit�, par qui tout est permis.
ACTE 3 SCENE 1

S�ide, Palmire.
Palmire.
Demeure. Quel est donc ce secret sacrifice ?
Quel sang a demand� l' �ternelle justice ?
Ne m' abandonne pas.
S�ide.
Dieu daigne m' appeler :
mon bras doit le servir, mon coeur va lui parler.
Omar veut � l' instant, par un serment terrible,
m' attacher de plus pr�s � ce ma�tre invincible :
je vais jurer � Dieu de mourir pour sa loi,
et mes seconds serments ne seront que pour toi.
Palmire.
D' o� vient qu' � ce serment je ne suis point pr�sente ?
Si je t' accompagnais, j' aurais moins d' �pouvante.
Omar, ce m�me Omar, loin de me consoler,
parle de trahison, de sang pr�t � couler,
des fureurs du s�nat, des complots de Zopire.
Les feux sont allum�s, bient�t la tr�ve expire :
le fer cruel est pr�t ; on s' arme, on va frapper :
le proph�te l' a dit, il ne peut nous tromper.
Je crains tout de Zopire, et je crains pour S�ide.
S�ide.
Croirai-je que Zopire ait un coeur si perfide !
Ce matin, comme otage � ses yeux pr�sent�,
j' admirais sa noblesse et son humanit� ;
je sentais qu' en secret une force inconnue
enlevait jusqu' � lui mon �me pr�venue :
soit respect pour son nom, soit qu' un dehors heureux
me cach�t de son coeur les replis dangereux ;
p132

soit que, dans ces moments o� je t' ai rencontr�e,
mon �me tout enti�re � son bonheur livr�e,
oubliant ses douleurs, et chassant tout effroi,
ne conn�t, n' entend�t, ne v�t plus rien que toi ;
je me trouvais heureux d' �tre aupr�s de Zopire.
Je le hais d' autant plus qu' il m' avait su s�duire :
mais malgr� le courroux dont je dois m' animer,
qu' il est dur de ha�r ceux qu' on voulait aimer !
Palmire.
Ah ! Que le ciel en tout a joint nos destin�es !
Qu' il a pris soin d' unir nos �mes encha�n�es !
H�las, sans mon amour, sans ce tendre lien,
sans cet instinct charmant qui joint mon coeur au
tien,
sans la religion que Mahomet m' inspire,
j' aurais eu des remords en accusant Zopire.
S�ide.
Laissons ces vains remords, et nous abandonnons
� la voix de ce dieu qu' � l' envi nous servons.
Je sors. Il faut pr�ter ce serment redoutable ;
le dieu qui m' entendra nous sera favorable ;
et le pontife-roi, qui veille sur nos jours,
b�nira de ses mains de si chastes amours.
Adieu. Pour �tre � toi, je vais tout entreprendre.
ACTE 3 SCENE 2

Palmire.
D' un noir pressentiment je ne puis me d�fendre.
Cet amour dont l' id�e avait fait mon bonheur,
ce jour tant souhait� n' est qu' un jour de terreur.
Quel est donc ce serment qu' on attend de S�ide ?
Tout m' est suspect ici ; Zopire m' intimide.
J' invoque Mahomet, et cependant mon coeur
�prouve � son nom m�me une secr�te horreur.
Dans les profonds respects que ce h�ros m' inspire,
je sens que je le crains presque autant que Zopire.
D�livre-moi, grand dieu ! De ce trouble o� je suis ?
Craintive je te sers, aveugle je te suis :
h�las ! Daigne essuyer les pleurs o� je me noie !
p133

ACTE 3 SCENE 3

Mahomet, Palmire.
Palmire.
C' est vous qu' � mon secours un dieu propice envoie,
seigneur, S�ide...
Mahomet.
Eh bien ! D' o� vous vient cet effroi ?
Et que craint-on pour lui, quand on est pr�s de moi ?
Palmire.
� ciel ! Vous redoublez la douleur qui m' agite.
Quel prodige inou� ! Votre �me est interdite ;
Mahomet est troubl� pour la premi�re fois.
Mahomet.
Je devrais l' �tre au moins du trouble o� je vous vois.
Est-ce ainsi qu' � mes yeux votre simple innocence
ose avouer un feu qui peut-�tre m' offense ?
Votre coeur a-t-il pu, sans �tre �pouvant�,
avoir un sentiment que je n' ai pas dict� ?
Ce coeur que j' ai form� n' est-il plus qu' un rebelle,
ingrat � mes bienfaits, � mes lois infid�le ?
Palmire.
Que dites-vous ? Surprise et tremblante � vos pieds,
je baisse en fr�missant mes regards effray�s.
Eh quoi ! N' avez-vous pas daign�, dans ce lieu m�me,
vous rendre � nos souhaits, et consentir qu' il
m' aime ?
Ces noeuds, ces chastes noeuds, que dieu formait en
nous,
sont un lien de plus qui nous attache � vous.
Mahomet.
Redoutez des liens form�s par l' imprudence.
Le crime quelquefois suit de pr�s l' innocence.
Le coeur peut se tromper ; l' amour et ses douceurs
pourront co�ter, Palmire, et du sang et des pleurs.
p134

Palmire.
N' en doutez pas, mon sang coulerait pour S�ide.
Mahomet.
Vous l' aimez � ce point ?
Palmire.
Depuis le jour qu' Hercide
nous soumit l' un et l' autre � votre joug sacr�,
cet instinct tout-puissant, de nous-m�me ignor�,
devan�ant la raison, croissant avec notre �ge,
du ciel, qui conduit tout, fut le secret ouvrage.
Nos penchants, dites-vous, ne viennent que de lui.
Dieu ne saurait changer : pourrait-il aujourd' hui
r�prouver un amour que lui-m�me il fit na�tre ?
Ce qui fut innocent peut-il cesser de l' �tre ?
Pourrais-je �tre coupable ?
Mahomet.
Oui. Vous devez trembler :
attendez les secrets que je dois r�v�ler ;
attendez que ma voix veuille enfin vous apprendre
ce qu' on peut approuver, ce qu' on doit se d�fendre.
Ne croyez que moi seul.
Palmire.
Et qui croire que vous ?
Esclave de vos lois, soumise, � vos genoux,
mon coeur d' un saint respect ne perd point l' habitude.
Mahomet.
Trop de respect souvent m�ne � l' ingratitude.
Palmire.
Non, si de vos bienfaits je perds le souvenir,
que S�ide � vos yeux s' empresse � m' en punir !
Mahomet.
S�ide !
Palmire.
Ah ! Quel courroux arme votre oeil s�v�re ?
Mahomet.
Allez, rassurez-vous, je n' ai point de col�re.
C' est �prouver assez vos sentiments secrets ;
reposez-vous sur moi de vos vrais int�r�ts :
je suis digne du moins de votre confiance.
Vos destins d�pendront de votre ob�issance.
Si j' eus soin de vos jours, si vous m' appartenez,
m�ritez des bienfaits qui vous sont destin�s.
p135

Quoi que la voix du ciel ordonne de S�ide,
affermissez ses pas o� son devoir le guide :
qu' il garde ses serments ; qu' il soit digne de vous.
Palmire.
N' en doutez point, mon p�re, il les remplira tous :
je r�ponds de son coeur, ainsi que de moi-m�me.
S�ide vous adore encor plus qu' il ne m' aime ;
il voit en vous son roi, son p�re, son appui :
j' en atteste � vos pieds l' amour que j' ai pour lui.
Je cours � vous servir encourager son �me.
ACTE 3 SCENE 4

Mahomet.
Quoi ! Je suis malgr� moi confident de sa flamme !
Quoi ! Sa na�vet�, confondant ma fureur,
enfonce innocemment le poignard dans mon coeur !
P�re, enfants, destin�s au malheur de ma vie,
race toujours funeste et toujours ennemie,
vous allez �prouver, dans cet horrible jour,
ce que peut � la fois ma haine et mon amour.
ACTE 3 SCENE 5

Mahomet, Omar.
Omar.
Enfin voici le temps et de ravir Palmire,
et d' envahir la Mecque, et de punir Zopire :
sa mort seule � tes pieds mettra nos citoyens ;
tout est d�sesp�r� si tu ne le pr�viens.
Le seul S�ide ici te peut servir, sans doute ;
il voit souvent Zopire, il lui parle, il l' �coute.
Tu vois cette retraite, et cet obscur d�tour
qui peut de ton palais conduire � son s�jour ;
l�, cette nuit, Zopire � ses dieux fantastiques
offre un encens frivole et des voeux chim�riques.
L�, S�ide, enivr� du z�le de ta loi,
va l' immoler au dieu qui lui parle par toi.
p136

Mahomet.
Qu' il l' immole, il le faut : il est n� pour le crime :
qu' il en soit l' instrument, qu' il en soit la victime.
Ma vengeance, mes feux, ma loi, ma s�ret�,
l' irr�vocable arr�t de la fatalit�,
tout le veut ; mais crois-tu que son jeune courage,
nourri du fanatisme, en ait toute la rage ?
Omar.
Lui seul �tait form� pour remplir ton dessein.
Palmire � te servir excite encor sa main.
L' amour, le fanatisme, aveuglent sa jeunesse ;
il sera furieux par exc�s de faiblesse.
Mahomet.
Par les noeuds des serments as-tu li� son coeur ?
Omar.
Du plus saint appareil la t�n�breuse horreur,
les autels, les serments, tout encha�ne S�ide.
J' ai mis un fer sacr� dans sa main parricide,
et la religion le remplit de fureur.
Il vient.
ACTE 3 SCENE 6

Mahomet, Omar, S�ide.
Mahomet.
Enfant d' un dieu qui parle � votre coeur,
�coutez par ma voix sa volont� supr�me :
il faut venger son culte, il faut venger dieu m�me.
S�ide.
Roi, pontife, et proph�te, � qui je suis vou�,
ma�tre des nations, par le ciel avou�,
vous avez sur mon �tre une enti�re puissance ;
�clairez seulement ma docile ignorance.
Un mortel venger dieu !
Mahomet.
C' est par vos faibles mains
qu' il veut �pouvanter les profanes humains.
S�ide.
Ah ! Sans doute ce dieu, dont vous �tes l' image,
va d' un combat illustre honorer mon courage.
p137

Mahomet.
Faites ce qu' il ordonne, il n' est point d' autre
honneur.
De ses d�crets divins aveugle ex�cuteur,
adorez et frappez ; vos mains seront arm�es
par l' ange de la mort, et le dieu des arm�es.
S�ide.
Parlez : quels ennemis vous faut-il immoler ?
Quel tyran faut-il perdre ? Et quel sang doit couler ?
Mahomet.
Le sang du meurtrier que Mahomet abhorre,
qui nous pers�cuta, qui nous poursuit encore,
qui combattit mon dieu, qui massacra mon fils ;
le sang du plus cruel de tous nos ennemis,
de Zopire.
S�ide.
De lui ! Quoi ! Mon bras...
Mahomet.
T�m�raire,
on devient sacril�ge alors qu' on d�lib�re.
Loin de moi les mortels assez audacieux
pour juger par eux-m�mes, et pour voir par leurs yeux !
Quiconque ose penser n' est pas n� pour me croire.
Ob�ir en silence est votre seule gloire.
Savez-vous qui je suis ? Savez-vous en quels lieux
ma voix vous a charg� des volont�s des cieux ?
Si malgr� ses erreurs et son idol�trie,
des peuples d' orient la Mecque est la patrie ;
si ce temple du monde est promis � ma loi ;
si dieu m' en a cr�� le pontife et le roi ;
si la Mecque est sacr�e, en savez-vous la cause ?
Ibrahim y naquit, et sa cendre y repose :
Ibrahim, dont le bras, docile � l' �ternel,
tra�na son fils unique aux marches de l' autel,
�touffant pour son dieu les cris de la nature.
Et quand ce dieu par vous veut venger son injure,
quand je demande un sang � lui seul adress�,
p138

quand dieu vous a choisi, vous avez balanc� !
Allez, vil idol�tre, et n� pour toujours l' �tre,
indigne musulman, cherchez un autre ma�tre.
Le prix �tait tout pr�t ; Palmire �tait � vous :
mais vous bravez Palmire et le ciel en courroux.
L�che et faible instrument des vengeances supr�mes,
les traits que vous portez vont tomber sur
vous-m�mes ;
fuyez, servez, rampez, sous mes fiers ennemis.
S�ide.
Je crois entendre dieu ; tu parles : j' ob�is.
Mahomet.
Ob�issez, frappez : teint du sang d' un impie,
m�ritez par sa mort une �ternelle vie.
(� Omar.)
ne l' abandonne pas ; et, non loin de ces lieux,
sur tous ses mouvements ouvre toujours les yeux.
ACTE 3 SCENE 7

S�ide.
Immoler un vieillard de qui je suis l' otage,
sans armes, sans d�fense, appesanti par l' �ge !
N' importe ; une victime amen�e � l' autel
y tombe sans d�fense, et son sang plait au ciel.
Enfin dieu m' a choisi pour ce grand sacrifice :
j' en ai fait le serment ; il faut qu' il s' accomplisse.
Venez � mon secours, � vous, de qui le bras
aux tyrans de la terre a donn� le tr�pas !
Ajoutez vos fureurs � mon z�le intr�pide ;
affermissez ma main saintement homicide.
Ange de Mahomet, ange exterminateur,
mets ta f�rocit� dans le fond de mon coeur !
Ah ! Que vois-je ?
p139

ACTE 3 SCENE 8

Zopire, S�ide.
Zopire.
� mes yeux tu te troubles, S�ide !
Vois d' un oeil plus content le dessein qui me guide :
otage infortun�, que le sort m' a remis,
je te vois � regret parmi mes ennemis.
La tr�ve a suspendu le moment du carnage ;
ce torrent retenu peut s' ouvrir un passage :
je ne t' en dis pas plus : mais mon coeur, malgr� moi,
a fr�mi des dangers assembl�s pr�s de toi.
Cher S�ide, en un mot, dans cette horreur publique,
souffre que ma maison soit ton asile unique.
Je r�ponds de tes jours ; ils me sont pr�cieux ;
ne me refuse pas.
S�ide.
� mon devoir ! � cieux.
Ah, Zopire ! Est-ce vous qui n' avez d' autre envie
que de me prot�ger, de veiller sur ma vie ?
Pr�t � verser son sang, qu' ai-je ou� ? Qu' ai-je vu ?
Pardonne, Mahomet, tout mon coeur s' est �mu.
Zopire.
De ma piti� pour toi tu t' �tonnes peut-�tre ;
mais enfin je suis homme, et c' est assez de l' �tre
pour aimer � donner des soins compatissants
� des coeurs malheureux que l' on croit innocents.
Exterminez, grands dieux, de la terre o� nous sommes,
quiconque avec plaisir r�pand le sang des hommes !
S�ide.
Que ce langage est cher � mon coeur combattu !
L' ennemi de mon dieu conna�t donc la vertu !
Zopire.
Tu la connais bien peu, puisque tu t' en �tonnes.
p140

Mon fils, � quelle erreur, h�las ! Tu t' abandonnes !
Ton esprit, fascin� par les lois d' un tyran,
pense que tout est crime hors d' �tre musulman.
Cruellement docile aux le�ons de ton ma�tre,
tu m' avais en horreur avant de me conna�tre ;
avec un joug de fer, un affreux pr�jug�
tient ton coeur innocent dans le pi�ge engag�.
Je pardonne aux erreurs o� Mahomet t' entra�ne ;
mais peux-tu croire un dieu qui commande la haine ?
S�ide.
Ah ! Je sens qu' � ce dieu je vais d�sob�ir ;
non, seigneur, non ; mon coeur ne saurait vous ha�r.
Zopire, � part.
H�las ! Plus je lui parle, et plus il m' int�resse ?
Son �ge, sa candeur, ont surpris ma tendresse.
Se peut-il qu' un soldat de ce monstre imposteur
ait trouv� malgr� lui le chemin de mon coeur ?
(� S�ide.)
quel es-tu ? De quel sang les dieux t' ont-ils fait
na�tre ?
S�ide.
Je n' ai point de parents, seigneur, je n' ai qu' un
ma�tre,
que jusqu' � ce moment j' avais toujours servi,
mais qu' en vous �coutant ma faiblesse a trahi.
Zopire.
Quoi ! Tu ne connais point de qui tu tiens la vie ?
S�ide.
Son camp fut mon berceau ; son temple est ma patrie :
je n' en connais point d' autre ; et, parmi ces enfants
qu' en tribut � mon ma�tre on offre tous les ans,
nul n' a plus que S�ide �prouv� sa cl�mence.
Zopire.
Je ne puis le bl�mer de sa reconnaissance.
Oui, les bienfaits, S�ide, ont des droits sur un
coeur.
Ciel ! Pourquoi Mahomet fut-il son bienfaiteur !
p141

Il t' a servi de p�re, aussi bien qu' � Palmire :
d' o� vient que tu fr�mis, et que ton coeur soupire ?
Tu d�tournes de moi ton regard �gar� ;
de quelque grand remords tu sembles d�chir�.
S�ide.
Eh ! Qui n' en aurait pas dans ce jour effroyable !
Zopire.
Si tes remords sont vrais, ton coeur n' est plus
coupable.
Viens, le sang va couler ; je veux sauver le tien.
S�ide.
Juste ciel ! Et c' est moi qui r�pandrais le sien !
� serments ! � Palmire ! � vous, dieu des vengeances !
Zopire.
Remets-toi dans mes mains ; tremble, si tu balances ;
pour la derni�re fois, viens, ton sort en d�pend.
ACTE 3 SCENE 9

Zopire, S�ide, Omar, suite.
Omar, entrant avec pr�cipitation.
Tra�tre, que faites-vous ? Mahomet vous attend.
S�ide.
O� suis-je ! � ciel ! O� suis-je ! Et que dois-je
r�soudre ?
D' un et d' autre c�t� je vois tomber la foudre.
O� courir ? O� porter un trouble si cruel ?
O� fuir ?
Omar.
Aux pieds du roi qu' a choisi l' �ternel.
S�ide.
Oui, j' y cours abjurer un serment que j' abhorre.
ACTE 3 SCENE 10

Zopire.
Ah, S�ide ! O� vas-tu ? Mais il me fuit encore ;
il sort d�sesp�r�, frapp� d' un sombre effroi,
et mon coeur qui le suit s' �chappe loin de moi.
p142

Ses remords, ma piti�, son aspect, son absence,
� mes sens d�chir�s font trop de violence.
Suivons ses pas.
ACTE 3 SCENE 11

Zopire, Phanor.
Phanor.
Lisez ce billet important
qu' un arabe en secret m' a donn� dans l' instant.
Zopire.
Hercide ! Qu' ai-je lu ? Grands dieux ! Votre
cl�mence
r�pare-t-elle enfin soixante ans de souffrance ?
Hercide veut me voir ! Lui, dont le bras cruel
arracha mes enfants � ce sein paternel !
Ils vivent ! Mahomet les tient sous sa puissance,
et S�ide et Palmire ignorent leur naissance !
Mes enfants ! Tendre espoir, que je n' ose �couter !
Je suis trop malheureux, je crains de me flatter.
Pressentiment confus, faut-il que je vous croie ?
� mon sang ! O� porter mes larmes et ma joie ?
Mon coeur ne peut suffire � tant de mouvements ;
je cours, et je suis pr�t d' embrasser mes enfants.
Je m' arr�te, j' h�site, et ma douleur craintive
pr�te � la voix du sang une oreille attentive.
Allons. Voyons Hercide au milieu de la nuit ;
qu' il soit sous cette vo�te en secret introduit,
au pied de cet autel, o� les pleurs de ton ma�tre
ont fatigu� les dieux, qui s' apaisent peut-�tre.
Dieux, rendez-moi mes fils ! Dieux, rendez aux vertus
deux coeurs n�s g�n�reux, qu' un tra�tre a corrompus !
S' ils ne sont point � moi, si telle est ma mis�re,
je les veux adopter, je veux �tre leur p�re.
p143

ACTE 4 SCENE 1

Mahomet, Omar.
Omar.
Oui, de ce grand secret la trame est d�couverte ;
ta gloire est en danger, ta tombe est entr' ouverte.
S�ide ob�ira : mais avant que son coeur,
raffermi par ta voix, e�t repris sa fureur,
S�ide a r�v�l� cet horrible myst�re.
Mahomet.
� ciel !
Omar.
Hercide l' aime : il lui tient lieu de p�re.
Mahomet.
Eh bien ! Que pense Hercide ?
Omar.
Il para�t effray� ;
il semble pour Zopire avoir quelque piti�.
Mahomet.
Hercide est faible ; ami, le faible est bient�t
tra�tre.
Qu' il tremble ! Il est charg� du secret de son ma�tre.
Je sais comme on �carte un t�moin dangereux.
Suis-je en tout ob�i ?
Omar.
J' ai fait ce que tu veux.
Mahomet.
Pr�parons donc le reste. Il faut que dans une heure
on nous tra�ne au supplice, ou que Zopire meure.
S' il meurt, c' en est assez ; tout ce peuple �perdu
adorera mon dieu, qui m' aura d�fendu.
Voil� le premier pas ; mais sit�t que S�ide
aura rougi ses mains de ce grand homicide,
p144

r�ponds-tu qu' au tr�pas S�ide soit livr� ?
R�ponds-tu du poison qui lui fut pr�par� ?
Omar.
N' en doute point.
Mahomet.
Il faut que nos myst�res sombres
soient cach�s dans la mort, et couverts de ses
ombres.
Mais tout pr�t � frapper, pr�t � percer le flanc
dont Palmire a tir� la source de son sang,
prends soin de redoubler son heureuse ignorance :
�paississons la nuit qui voile sa naissance,
pour son propre int�r�t, pour moi, pour mon bonheur.
Mon triomphe en tout temps est fond� sur l' erreur.
Elle naquit en vain de ce sang que j' abhorre :
on n' a point de parents alors qu' on les ignore.
Les cris du sang, sa force, et ses impressions,
des coeurs toujours tromp�s sont les illusions.
La nature � mes yeux n' est rien que l' habitude ;
celle de m' ob�ir fit son unique �tude :
je lui tiens lieu de tout. Qu' elle passe en mes bras,
sur la cendre des siens, qu' elle ne conna�t pas.
Son coeur m�me en secret, ambitieux peut-�tre,
sentira quelque orgueil � captiver son ma�tre.
Mais d�j� l' heure approche o� S�ide en ces lieux
doit m' immoler son p�re � l' aspect de ses dieux.
Retirons-nous.
Omar.
Tu vois sa d�marche �gar�e ;
de l' ardeur d' ob�ir son �me est d�vor�e.
ACTE 4 SCENE 2

Mahomet, Omar, sur le devant, mais retir�s de
c�t� ;
S�ide, dans le fond.
S�ide.
Il le faut donc remplir ce terrible devoir !
Mahomet.
Viens, et par d' autres coups assurons mon pouvoir.
(il sort avec Omar.)
p145

S�ide, seul.
� tout ce qu' ils m' ont dit je n' ai rien � r�pondre.
Un mot de Mahomet suffit pour me confondre.
Mais quand il m' accablait de cette sainte horreur,
la persuasion n' a point rempli mon coeur.
Si le ciel a parl�, j' ob�irai sans doute ;
mais quelle ob�issance ! � ciel ! Et qu' il en co�te !
ACTE 4 SCENE 3

S�ide, Palmire.
S�ide.
Palmire, que veux-tu ? Quel funeste transport !
Qui t' am�ne en ces lieux consacr�s � la mort ?
Palmire.
S�ide, la frayeur et l' amour sont mes guides ;
mes pleurs baignent tes mains saintement homicides.
Quel sacrifice horrible, h�las ! Faut-il offrir ?
� Mahomet, � Dieu, tu vas donc ob�ir ?
S�ide.
� de mes sentiments souveraine ador�e !
Parlez, d�terminez ma fureur �gar�e ;
�clairez mon esprit, et conduisez mon bras ;
tenez-moi lieu d' un dieu que je ne comprends pas.
Pourquoi m' a-t-il choisi ? Ce terrible proph�te
d' un ordre irr�vocable est-il donc l' interpr�te !
Palmire.
Tremblons d' examiner. Mahomet voit nos coeurs,
il entend nos soupirs, il observe mes pleurs.
Chacun redoute en lui la divinit� m�me,
c' est tout ce que je sais ; le doute est un blasph�me :
et le dieu qu' il annonce avec tant de hauteur,
S�ide, est le vrai dieu, puisqu' il le rend vainqueur.
S�ide.
Il l' est, puisque Palmire et le croit et l' adore.
Mais mon esprit confus ne con�oit point encore
comment ce dieu si bon, ce p�re des humains,
p146

pour un meurtre effroyable a r�serv� mes mains.
Je ne le sais que trop que mon doute est un crime,
qu' un pr�tre sans remords �gorge sa victime,
que par la voix du ciel Zopire est condamn�,
qu' � soutenir ma loi j' �tais pr�destin�.
Mahomet s' expliquait, il a fallu me taire ;
et, tout fier de servir la c�leste col�re,
sur l' ennemi de dieu je portais le tr�pas :
un autre dieu, peut-�tre, a retenu mon bras.
Du moins, lorsque j' ai vu ce malheureux Zopire,
de ma religion j' ai senti moins l' empire.
Vainement mon devoir au meurtre m' appelait ;
� mon coeur �perdu l' humanit� parlait.
Mais avec quel courroux, avec quelle tendresse,
Mahomet de mes sens accuse la faiblesse !
Avec quelle grandeur, et quelle autorit�,
sa voix vient d' endurcir ma sensibilit� !
Que la religion est terrible et puissante !
J' ai senti la fureur en mon coeur renaissante ;
Palmire, je suis faible, et du meurtre effray� ;
de ces saintes fureurs je passe � la piti� ;
de sentiments confus une foule m' assi�ge :
je crains d' �tre barbare, ou d' �tre sacril�ge.
Je ne me sens point fait pour �tre un assassin.
Mais quoi ! Dieu me l' ordonne, et j' ai promis ma main ;
j' en verse encor des pleurs de douleur et de rage.
Vous me voyez, Palmire, en proie � cet orage,
nageant dans le reflux des contrari�t�s,
qui pousse et qui retient mes faibles volont�s :
c' est � vous de fixer mes fureurs incertaines :
nos coeurs sont r�unis par les plus fortes cha�nes ;
mais, sans ce sacrifice � mes mains impos�,
le noeud qui nous unit est � jamais bris� ;
ce n' est qu' � ce seul prix que j' obtiendrai Palmire.
Palmire.
Je suis le prix du sang du malheureux Zopire !
S�ide.
Le ciel et Mahomet ainsi l' ont arr�t�.
Palmire.
L' amour est-il donc fait pour tant de cruaut� ?
S�ide.
Ce n' est qu' au meurtrier que Mahomet te donne.
p147

Palmire.
Quelle effroyable dot !
Mais si le ciel l' ordonne ?
Si je sers et l' amour et la religion ?
Palmire.
H�las !
S�ide.
Vous connaissez la mal�diction
qui punit � jamais la d�sob�issance.
Palmire.
Si dieu m�me en tes mains a remis sa vengeance,
s' il exige le sang que ta bouche a promis...
S�ide.
Eh bien ! Pour �tre � toi que faut-il ?
Palmire.
Je fr�mis.
S�ide.
Je t' entends ; son arr�t est parti de ta bouche.
Palmire.
Qui ? Moi ?
S�ide.
Tu l' as voulu.
Palmire.
Dieu ! Quel arr�t farouche !
Que t' ai-je dit ?
S�ide.
Le ciel vient d' emprunter ta voix ;
c' est son dernier oracle, et j' accomplis ses lois.
Voici l' heure o� Zopire � cet autel funeste
doit prier en secret des dieux que je d�teste.
Palmire, �loigne-toi.
Palmire.
Je ne puis te quitter.
Ne vois point l' attentat qui va s' ex�cuter.
Ces moments sont affreux. Va, fuis ; cette retraite
est voisine des lieux qu' habite le proph�te !
Va, dis-je.
Palmire.
Ce vieillard va donc �tre immol� !
p148

S�ide.
De ce grand sacrifice ainsi l' ordre est r�gl� !
Il le faut de ma main tra�ner sur la poussi�re,
de trois coups dans le sein lui ravir la lumi�re,
renverser dans son sang cet autel dispers�.
Palmire.
Lui, mourir par tes mains ! Tout mon sang s' est glac�.
Le voici, juste ciel ! ...
(le fond du th��tre s' ouvre. On voit un autel.)
ACTE 4 SCENE 4

Zopire ; S�ide, Palmire, sur le devant.
Zopire, pr�s de l' autel.
� dieux de ma patrie !
Dieux pr�ts � succomber sous une secte impie,
c' est pour vous-m�me ici que ma d�bile voix
vous implore aujourd' hui pour la derni�re fois.
La guerre va rena�tre, et ses mains meurtri�res
de cette faible paix vont briser les barri�res.
Dieux ! Si d' un sc�l�rat vous respectez le sort...
S�ide, � Palmire.
Tu l' entends qui blasph�me ?
Zopire.
Accordez-moi la mort.
Mais rendez-moi mes fils � mon heure derni�re ;
que j' expire en leurs bras ; qu' ils ferment ma
paupi�re.
H�las ! Si j' en croyais mes secrets sentiments,
si vos mains en ces lieux ont conduit mes enfants...
Palmire, � S�ide.
Que dit-il ? Ses enfants !
Zopire.
� mes dieux que j' adore !
p149

Je mourrais du plaisir de les revoir encore.
Arbitre des destins, daignez veiller sur eux ;
qu' ils pensent comme moi, mais qu' ils soient plus
heureux !
S�ide.
Il court � ses faux dieux ! Frappons.
(il tire son poignard.)
Palmire.
Que vas-tu faire ?
H�las !
S�ide.
Servir le ciel, te m�riter, te plaire.
Ce glaive � notre dieu vient d' �tre consacr� ;
que l' ennemi de dieu soit par lui massacr� !
Marchons. Ne vois-tu pas dans ces demeures sombres
ces traits de sang, ce spectre, et ces errantes
ombres ?
Palmire.
Que dis-tu ?
S�ide.
Je vous suis, ministres du tr�pas :
vous me montrez l' autel ; vous conduisez mon bras.
Allons.
Palmire.
Non ; trop d' horreur entre nous deux s' assemble.
Demeure.
S�ide.
Il n' est plus temps ; avan�ons : l' autel tremble.
Palmire.
Le ciel se manifeste, il n' en faut pas douter.
S�ide.
Me pousse-t-il au meurtre, ou veut-il m' arr�ter ?
Du proph�te de dieu la voix se fait entendre ;
il me reproche un coeur trop flexible et trop tendre ;
Palmire !
Palmire.
Eh bien ?
S�ide.
Au ciel adressez tous vos voeux.
Je vais frapper.
(il sort, et va derri�re l' autel o� est Zopire.)
Palmire.
Je meurs ! � moment douloureux !
Quelle effroyable voix dans mon �me s' �l�ve !
p150

D' o� vient que tout mon sang malgr� moi se soul�ve ?
Si le ciel veut un meurtre, est-ce � moi d' en juger ?
Est-ce � moi de m' en plaindre, et de l' interroger ?
J' ob�is. D' o� vient donc que le remords m' accable ?
Ah ! Quel coeur sait jamais s' il est juste ou
coupable ?
Je me trompe, ou les coups sont port�s cette fois ;
j' entends les cris plaintifs d' une mourante voix.
S�ide... h�las ! ...
S�ide revient d' un air �gar�.
O� suis-je ? Et quelle voix m' appelle ?
Je ne vois point Palmire ; un dieu m' a priv� d' elle.
Palmire.
Eh quoi ! M�connais-tu celle qui vit pour toi ?
S�ide.
O� sommes-nous ?
Palmire.
Eh bien ! Cette effroyable loi,
cette triste promesse est-elle enfin remplie ?
S�ide.
Que me dis-tu ?
Palmire.
Zopire a-t-il perdu la vie ?
S�ide.
Qui ? Zopire ?
Palmire.
Ah ! Grand dieu ! Dieu de sang alt�r�,
ne pers�cutez point son esprit �gar�.
Fuyons d' ici.
S�ide.
Je sens que mes genoux s' affaissent.
(il s' assied.)
ah ! Je revois le jour, et mes forces renaissent.
Quoi ! C' est vous ?
Palmire.
Qu' as-tu fait ?
S�ide, se relevant.
Moi ! Je viens d' ob�ir...
d' un bras d�sesp�r� je viens de le saisir.
Par ses cheveux blanchis j' ai tra�n� ma victime.
� ciel ! Tu l' as voulu ! Peux-tu vouloir un crime ?
Tremblant, saisi d' effroi, j' ai plong� dans son flanc
ce glaive consacr� qui dut verser son sang.
p151

J' ai voulu redoubler ; ce vieillard v�n�rable
a jet� dans mes bras un cri si lamentable !
La nature a trac� dans ses regards mourants
un si grand caract�re, et des traits si touchants ! ...
de tendresse et d' effroi mon �me s' est remplie,
et, plus mourant que lui, je d�teste ma vie.
Palmire.
Fuyons vers Mahomet qui doit nous prot�ger :
pr�s de ce corps sanglant vous �tes en danger.
Suivez-moi.
S�ide.
Je ne puis. Je me meurs. Ah ! Palmire ! ...
Palmire.
Quel trouble �pouvantable � mes yeux le d�chire !
S�ide, en pleurant.
Ah ! Si tu l' avais vu, le poignard dans le sein,
s' attendrir � l' aspect de son l�che assassin !
Je fuyais. Croirais-tu que sa voix affaiblie
pour m' appeler encore a ranim� sa vie ?
Il retirait ce fer de ses flancs malheureux.
H�las ! Il m' observait d' un regard douloureux.
" cher S�ide, a-t-il dit, infortun� S�ide ! "
cette voix, ces regards, ce poignard homicide,
ce vieillard attendri, tout sanglant � mes pieds,
poursuivent devant toi mes regards effray�s.
Qu' avons-nous fait ?
Palmire.
On vient, je tremble pour ta vie.
Fuis au nom de l' amour et du noeud qui nous lie.
S�ide.
Va, laisse-moi. Pourquoi cet amour malheureux
m' a-t-il pu commander ce sacrifice affreux ?
Non, cruelle ! Sans toi, sans ton ordre supr�me,
je n' aurais pu jamais ob�ir au ciel m�me.
De quel reproche horrible oses-tu m' accabler !
H�las ! Plus que le tien mon coeur se sent troubler.
Cher amant, prends piti� de Palmire �perdue !
S�ide.
Palmire ! Quel objet vient effrayer ma vue ?
(Zopire para�t, appuy� sur l' autel, apr�s s' �tre
relev� derri�re cet autel o� il a re�u le coup.)
p152

c' est cet infortun� luttant contre la mort,
qui vers nous tout sanglant se tra�ne avec effort.
S�ide.
Eh quoi ! Tu vas � lui ?
Palmire.
De remords d�vor�e,
je c�de � la piti� dont je suis d�chir�e.
Je n' y puis r�sister ; elle entra�ne mes sens.
Zopire, avan�ant et soutenu par elle.
H�las ! Servez de guide � mes pas languissants !
(il s' assied.)
S�ide, ingrat ! C' est toi qui m' arraches la vie !
Tu pleures ! Ta piti� succ�de � ta furie !
ACTE 4 SCENE 5

Zopire, S�ide, Palmire, Phanor.
Phanor.
Ciel ! Quels affreux objets se pr�sentent � moi !
Zopire.
Si je voyais Hercide ! ... ah ! Phanor, est-ce toi ?
Voil� mon assassin.
Phanor.
� crime ! Affreux myst�re !
Assassin malheureux, connaissez votre p�re !
S�ide.
Qui ?
Palmire.
Lui ?
S�ide.
Mon p�re ?
Zopire.
� ciel !
Phanor.
Hercide est expirant :
il me voit, il m' appelle, il s' �crie en mourant :
" s' il en est encor temps, pr�viens un parricide ;
cours arracher ce fer � la main de S�ide.
Malheureux confident d' un horrible secret,
p153

je suis puni, je meurs des mains de Mahomet :
cours, h�te-toi d' apprendre au malheureux Zopire
que S�ide est son fils, et fr�re de Palmire. "
S�ide.
Vous !
Palmire.
Mon fr�re ?
Zopire.
� mes fils ! � nature ! � mes dieux !
Vous ne me trompiez pas quand vous parliez pour eux.
Vous m' �clairiez sans doute. Ah ! Malheureux S�ide !
Qui t' a pu commander cet affreux homicide ?
S�ide, se jetant � genoux.
L' amour de mon devoir et de ma nation,
et ma reconnaissance, et ma religion ;
tout ce que les humains ont de plus respectable
m' inspira des forfaits le plus abominable.
Rendez, rendez ce fer � ma barbare main.
Palmire, � genoux, arr�tant le bras de S�ide.
Ah, mon p�re ! Ah, seigneur ! Plongez-le dans mon
sein.
J' ai seule � ce grand crime encourag� S�ide ;
l' inceste �tait pour nous le prix du parricide.
S�ide.
Le ciel n' a point pour nous d' assez grands ch�timents.
Frappez vos assassins.
Zopire, en les embrassant.
J' embrasse mes enfants.
Le ciel voulut m�ler, dans les maux qu' il m' envoie,
le comble des horreurs au comble de la joie.
Je b�nis mon destin ; je meurs, mais vous vivez.
� vous, qu' en expirant mon coeur a retrouv�s,
S�ide, et vous, Palmire, au nom de la nature,
par ce reste de sang qui sort de ma blessure,
par ce sang paternel, par vous, par mon tr�pas,
vengez-vous, vengez-moi ; mais ne vous perdez pas.
L' heure approche, mon fils, o� la tr�ve rompue
laissait � mes desseins une libre �tendue :
les dieux de tant de maux ont pris quelque piti� ;
le crime de tes mains n' est commis qu' � moiti�.
Le peuple avec le jour en ces lieux va para�tre ;
mon sang va les conduire ; ils vont punir un tra�tre.
Attendons ces moments.
p154

S�ide.
Ah ! Je cours de ce pas
vous immoler ce monstre, et h�ter mon tr�pas ;
me punir, vous venger.
ACTE 4 SCENE 6

Zopire, S�ide, Palmire, Phanor, Omar,
suite.
Omar.
Qu' on arr�te S�ide !
Secourez tous Zopire ; encha�nez l' homicide.
Mahomet n' est venu que pour venger les lois.
Zopire.
Ciel ! Quel comble du crime ! Et qu' est-ce que je
vois ?
S�ide.
Mahomet me punir ?
Palmire.
Eh quoi ! Tyran farouche,
apr�s ce meurtre horrible ordonn� par ta bouche !
Omar.
On n' a rien ordonn�.
S�ide.
Va, j' ai bien m�rit�
cet ex�crable prix de ma cr�dulit�.
Omar.
Soldats, ob�issez.
Palmire.
Non ; arr�tez. Perfide !
Omar.
Madame, ob�issez, si vous aimez S�ide.
Mahomet vous prot�ge, et son juste courroux,
pr�t � tout foudroyer, peut s' arr�ter par vous.
Aupr�s de votre roi, madame, il faut me suivre.
Palmire.
Grand dieu ! De tant d' horreurs que la mort me
d�livre !
(on emm�ne Palmire et S�ide.)
Zopire, � Phanor.
On les enl�ve ! � ciel ! � p�re malheureux !
Le coup qui m' assassine est cent fois moins affreux.
p155

Phanor.
D�j� le jour rena�t ; tout le peuple s' avance ;
on s' arme, on vient � vous, on prend votre d�fense.
Zopire.
Quoi ! S�ide est mon fils !
Phanor.
N' en doutez point.
Zopire.
H�las !
� forfaits ! � nature ! ... allons, soutiens mes pas,
je meurs. Sauvez, grands dieux ! De tant de barbarie
mes deux enfants que j' aime, et qui m' �tent la vie.
p156

ACTE 5 SCENE 1

Mahomet, Omar ; suite, dans le fond.
Omar.
Zopire est expirant, et ce peuple �perdu
levait d�j� son front dans la poudre abattu.
Tes proph�tes et moi, que ton esprit inspire,
nous d�savouons tous le meurtre de Zopire.
Ici, nous l' annon�ons � ce peuple en fureur
comme un coup du tr�s-haut qui s' arme en ta faveur ;
l�, nous en g�missons ; nous promettons vengeance :
nous vantons ta justice, ainsi que ta cl�mence.
Partout on nous �coute, on fl�chit � ton nom ;
et ce reste importun de la s�dition
n' est qu' un bruit passager de flots apr�s l' orage,
dont le courroux mourant frappe encor le rivage
quand la s�r�nit� r�gne aux plaines du ciel.
Mahomet.
Imposons � ces flots un silence �ternel.
As-tu fait des remparts approcher mon arm�e ?
Omar.
Elle a march� la nuit vers la ville alarm�e ;
Osman la conduisait par de secrets chemins.
Mahomet.
Faut-il toujours combattre, ou tromper les humains !
S�ide ne sait point qu' aveugle en sa furie
il vient d' ouvrir le flanc dont il re�ut la vie ?
Omar.
Qui pourrait l' en instruire ? Un �ternel oubli
tient avec ce secret Hercide enseveli :
S�ide va le suivre, et son tr�pas commence.
J' ai d�truit l' instrument qu' employa ta vengeance.
p157

Tu sais que dans son sang ses mains ont fait couler
le poison qu' en sa coupe on avait su m�ler.
Le ch�timent sur lui tombait avant le crime ;
et tandis qu' � l' autel il tra�nait sa victime,
tandis qu' au sein d' un p�re il enfon�ait son bras,
dans ses veines, lui-m�me, il portait son tr�pas.
Il est dans la prison, et bient�t il expire.
Cependant en ces lieux j' ai fait garder Palmire.
Palmire � tes desseins va m�me encor servir :
croyant sauver S�ide, elle va t' ob�ir.
Je lui fais esp�rer la gr�ce de S�ide.
Le silence est encor sur sa bouche timide ;
son coeur toujours docile, et fait pour t' adorer,
en secret seulement n' osera murmurer.
L�gislateur, proph�te, et roi dans ta patrie,
Palmire ach�vera le bonheur de ta vie.
Tremblante, inanim�e, on l' am�ne � tes yeux.
Mahomet.
Va rassembler mes chefs, et revole en ces lieux.
ACTE 5 SCENE 2

Mahomet, Palmire ; suite de Palmire
et de Mahomet.
Palmire.
Ciel ! O� suis-je ? Ah, grand dieu !
Mahomet.
Soyez moins constern�e ;
j' ai du peuple et de vous pes� la destin�e,
le grand �v�nement qui vous remplit d' effroi,
Palmire, est un myst�re entre le ciel et moi.
De vos indignes fers � jamais d�gag�e,
vous �tes en ces lieux libre, heureuse, et veng�e.
Ne pleurez point S�ide, et laissez � mes mains
le soin de balancer le destin des humains.
Ne songez plus qu' au v�tre ; et si vous m' �tes ch�re,
si Mahomet sur vous jeta des yeux de p�re,
sachez qu' un sort plus noble, un titre encor plus grand,
si vous le m�ritez, peut-�tre vous attend.
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Portez vos yeux hardis au fa�te de la gloire ;
de S�ide et du reste �touffez la m�moire :
vos premiers sentiments doivent tous s' effacer
� l' aspect des grandeurs o� vous n' osiez penser.
Il faut que votre coeur � mes bont�s r�ponde,
et suive en tout mes lois, lorsque j' en donne au monde.
Palmire.
Qu' entends-je ? Quelles lois, � ciel ! Et quels
bienfaits !
Imposteur teint de sang, que j' abjure � jamais,
bourreau de tous les miens, va, ce dernier outrage
manquait � ma mis�re, et manquait � ta rage.
Le voil� donc, grand dieu ! Ce proph�te sacr�,
ce roi que je servis, ce dieu que j' adorai !
Monstre, dont les fureurs et les complots perfides
de deux coeurs innocents ont fait deux parricides ;
de ma faible jeunesse inf�me s�ducteur,
tout souill� de mon sang, tu pr�tends � mon coeur ?
Mais tu n' as pas encore assur� ta conqu�te ;
le voile est d�chir�, la vengeance s' appr�te.
Entends-tu ces clameurs ? Entends-tu ces �clats ?
Mon p�re te poursuit des ombres du tr�pas.
Le peuple se soul�ve ; on s' arme en ma d�fense ;
leurs bras vont � ta rage arracher l' innocence.
Puiss�-je de mes mains te d�chirer le flanc,
voir mourir tous les tiens, et nager dans leur sang !
Puissent la Mecque ensemble, et M�dine, et l' Asie,
punir tant de fureur et tant d' hypocrisie ?
Que le monde, par toi s�duit et ravag�,
rougisse de ses fers, les brise, et soit veng� !
Que ta religion, qui fonda l' imposture,
soit l' �ternel m�pris de la race future !
Que l' enfer, dont tes cris mena�aient tant de fois
quiconque osait douter de tes indignes lois ;
que l' enfer, que ces lieux de douleur et de rage,
pour toi seul pr�par�s, soient ton juste partage !
Voil� les sentiments qu' on doit � tes bienfaits,
l' hommage, les serments, et les voeux que je fais !
Mahomet.
Je vois qu' on m' a trahi ; mais quoi qu' il en puisse
�tre,
et qui que vous soyez, fl�chissez sous un ma�tre.
Apprenez que mon coeur...
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ACTE 5 SCENE 3

Mahomet, Palmire, Omar, Ali, suite.
Omar.
On sait tout, Mahomet :
Hercide en expirant r�v�la ton secret.
Le peuple en est instruit ; la prison est forc�e ;
tout s' arme, tout s' �meut : une foule insens�e,
�levant contre toi ses hurlements affreux,
porte le corps sanglant de son chef malheureux.
S�ide est � leur t�te ; et, d' une voix funeste,
les excite � venger ce d�plorable reste.
Ce corps, souill� de sang, est l' horrible signal
qui fait courir ce peuple � ce combat fatal.
Il s' �crie en pleurant : " je suis un parricide ! "
la douleur le ranime, et la rage le guide.
Il semble respirer pour se venger de toi.
On d�teste ton dieu, tes proph�tes, ta loi.
Ceux m�me qui devaient dans la Mecque alarm�e
faire ouvrir, cette nuit, la porte � ton arm�e,
de la fureur commune avec z�le enivr�s,
viennent lever sur toi leurs bras d�sesp�r�s.
On n' entend que les cris de mort et de vengeance.
Palmire.
Ach�ve, juste ciel ! Et soutiens l' innocence.
Frappe.
Mahomet, � Omar.
Eh bien ! Que crains-tu ?
Omar.
Tu vois quelques amis,
qui contre les dangers comme moi raffermis,
mais vainement arm�s contre un pareil orage,
viennent tous � tes pieds mourir avec courage.
Mahomet.
Seul je les d�fendrai. Rangez-vous pr�s de moi,
et connaissez enfin qui vous avez pour roi.
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ACTE 5 SCENE 4


Mahomet, Omar, sa suite, d' un c�t� ; S�ide
et le peuple, de l' autre ; Palmire, au milieu.
S�ide, un poignard � la main, mais d�j� affaibli par
le poison.
Peuple, vengez mon p�re, et courez � ce tra�tre.
Mahomet.
Peuple, n� pour me suivre, �coutez votre ma�tre.
S�ide.
N' �coutez point ce monstre, et suivez-moi... grands
dieux !
Quel nuage �paissi se r�pand sur mes yeux !
(il avance, il chancelle.)
frappons... ciel ! Je me meurs.
Mahomet.
Je triomphe.
Palmire, courant � lui.
Ah, mon fr�re !
N' auras-tu pu verser que le sang de ton p�re ?
S�ide.
Avan�ons. Je ne puis... quel dieu vient m' accabler ?
(il tombe entre les bras des siens.)
Mahomet.
Ainsi tout t�m�raire � mes yeux doit trembler.
Incr�dules esprits, qu' un z�le aveugle inspire,
qui m' osez blasph�mer, et qui vengez Zopire,
ce seul bras que la terre apprit � redouter,
ce bras peut vous punir d' avoir os� douter.
Dieu qui m' a confi� sa parole et sa foudre,
si je me veux venger, va vous r�duire en poudre.
Malheureux ! Connaissez son proph�te et sa loi,
et que ce dieu soit juge entre S�ide et moi.
De nous deux, � l' instant, que le coupable expire !
Palmire.
Mon fr�re ! Eh quoi ! Sur eux ce monstre a tant
d' empire !
Ils demeurent glac�s, ils tremblent � sa voix.
Mahomet, comme un dieu, leur dicte encor ses lois :
et toi, S�ide, aussi !
S�ide, entre les bras des siens.
Le ciel punit ton fr�re.
Mon crime �tait horrible autant qu' involontaire ;
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en vain la vertu m�me habitait dans mon coeur.
Toi, tremble, sc�l�rat ! Si dieu punit l' erreur,
vois quel foudre il pr�pare aux artisans des crimes :
tremble ; son bras s' essaie � frapper ses victimes.
D�tournez d' elle, � dieu ! Cette mort qui me suit !
Palmire.
Non, peuple, ce n' est point un dieu qui le poursuit ;
non ; le poison sans doute...
Mahomet, en l' interrompant, et s' adressant au peuple.
Apprenez, infid�les,
� former contre moi des trames criminelles :
aux vengeances des cieux reconnaissez mes droits.
La nature et la mort ont entendu ma voix.
La mort, qui m' ob�it, qui, prenant ma d�fense,
sur ce front p�lissant a trac� ma vengeance ;
la mort est, � vos yeux, pr�te � fondre sur vous.
Ainsi mes ennemis sentiront mon courroux ;
ainsi je punirai les erreurs insens�es,
les r�voltes du coeur, et les moindres pens�es.
Si ce jour luit pour vous, ingrats, si vous vivez,
rendez gr�ce au pontife � qui vous le devez.
Fuyez, courez au temple apaiser ma col�re.
(le peuple se retire.)
Palmire, revenant � elle.
Arr�tez. Le barbare empoisonna mon fr�re.
Monstre, ainsi son tr�pas t' aura justifi� !
� force de forfaits tu t' es d�ifi�.
Malheureux assassin de ma famille enti�re,
�te-moi de tes mains ce reste de lumi�re.
� fr�re ! � triste objet d' un amour plein d' horreurs !
Que je te suive au moins !
(elle se jette sur le poignard de son fr�re, et s' en
frappe.)
Mahomet.
Qu' on l' arr�te !
Palmire.
Je meurs.
Je cesse de te voir, imposteur ex�crable.
Je me flatte, en mourant, qu' un dieu plus �quitable
r�serve un avenir pour les coeurs innocents.
Tu dois r�gner ; le monde est fait pour les tyrans.
Mahomet.
Elle m' est enlev�e... ah ! Trop ch�re victime !
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Je me vois arracher le seul prix de mon crime.
De ses jours pleins d' appas d�testable ennemi,
vainqueur et tout-puissant, c' est moi qui suis puni.
Il est donc des remords ! � fureur ! � justice !
Mes forfaits dans mon coeur ont donc mis mon supplice !
Dieu, que j' ai fait servir au malheur des humains,
adorable instrument de mes affreux desseins,
toi que j' ai blasph�m�, mais que je crains encore,
je me sens condamn�, quand l' univers m' adore.
Je brave en vain les traits dont je me sens frapper.
J' ai tromp� les mortels, et ne puis me tromper.
P�re, enfants malheureux, immol�s � ma rage,
vengez la terre et vous, et le ciel que j' outrage.
Arrachez-moi ce jour, et ce perfide coeur,
ce coeur n� pour ha�r, qui br�le avec fureur.
(� Omar.)
et toi, de tant de honte �touffe la m�moire ;
cache au moins ma faiblesse, et sauve encor ma gloire :
je dois r�gir en dieu l' univers pr�venu ;
mon empire est d�truit si l' homme est reconnu.

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