A l’âge de 16 ans, tout ce que Morsal Obeidi voulait, c’était vivre comme les autres jeunes filles d’Allemagne. Elle l’a payé au prix fort : son frère l’a poignardée à 20 reprises. Son assassinat a réveillé le débat en Allemagne sur l’échec de nombreuses familles d’origine immigrée à s’intégrer dans la société occidentale.
Morsal a rencontré son cousin Mohammed en cette soirée du jeudi 15 mai. Ils sont assis à la table d’un McDonald’s. Cela ne fait que quelques mois que Morsal est revenue à Hambourg, après un séjour prolongé chez des parents en Afghanistan. C’est le printemps à Hambourg. Tandis qu’ils mangent, Mohammed réfléchit au plan qu’il a en tête et garde secret. Cela semble parfaitement innocent. Mohammed expliquera plus tard qu’Ahmad, le frère de Morsal, lui avait demandé d’amener sa soeur à la gare Berliner Tor de hambourg. Il m’avait dit : « Je veux que tu vois Morsal aujourd’hui, puis amène-la jusqu’à Berliner Tor. Mais ne lui dis rien. Je veux simplement lui parler. »
Cela semble parfaitement innocent
Peu après 23h, Morsal et Mohammed arrivent à cette gare de banlieue. Ils passent le coin, s’assoient sur un petit parking près d’un immeuble pour fumer une cigarette. A 23h20, Ahmad surgit de l’obscurité. Morsal le reconnaît, son sang se glace. Ahmad s’approche de sa soeur, puis soudain, sans dire un mot, se met à la poignarder. Il la poignarde à plusieurs reprises. « Je pense qu’il avait dû prendre quelque chose auparavant. Des drogues. Ou peut-être était-il saoul. J’ai essayé de l’arrêter, mais il m’a repoussé », explique Mohammed.
Ahmad Obeidi a 23 ans. C’est un jeune homme athlétique et puissant. Morsal essaie de fuir. Mais elle trébuche et tombe. Ahmad est au dessus d’elle. Il continue de la poignarder. Cinq fois. Dix fois. Pas un mot ne sort de sa bouche tandis que son bras frappe sans relâche le corps de sa soeur. Il semble être saoul. La police relèvera 20 coups de poignard, portés avec une telle force qu’Ahmad portera plus tard un bandage sur son avant-bras droit.
Morsal hurle, cela réveille les résidents de l’immeuble. Des passants appellent la police. Ahmad s’enfuit vers la station de métro la plus proche, Mohammed le suit. Les deux cousins montent dans un train. Tous deux s’assoient face à face, sans dire un mot, un assassin et son complice.
Morsal est morte
Dans les jours qui ont suivi ce crime, on en a souvent parlé en termes de « crime d’honneur ». Un crime au nom de l’honneur ? Est-ce même concevable ? Un homme qui tue de sang froid sa propre soeur, une jeune fille de sept ans sa cadette, une jeune fille à peine plus âgée qu’une enfant ? Cet homme-là ne perd-il justement pas tout honneur ?
Un criminel qui voyait l’Allemagne comme un pays étranger
Cette famille connaissait certainement des problèmes. Mais il y a une différence de taille entre Morsal, qui ne voulait rien plus qu’être libre, et Ahmad qui est un criminel pour qui l’Allemagne a toujours été un pays étranger. Sa vie est chaotique, instable, c’est un raté. Il a tué sa soeur pour s’être sentie trop à l’aise dans le monde occidental. Il n’aimait pas ses cheveux découverts, son maquillage, et ses jupes courtes.
Morsal, à la différence de sa soeur aînée, était obstinée. Dès l’âge de 14 ans, elle commença à résister à l’autorité parentale. Elle en avait assez d’être serviable, de vivre selon les us et coutumes afghans qui n’avaient pas leur place dans sa vie à Hambourg. Elle se disputait avec ses parents sur son apparence et son comportement, ses cheveux découverts, son maquillage, ses jeans serrés, la cigarette, la boisson. Ils se disputaient sur ses amis et ses fréquentations. Pour l’ancien pilote de chasse Ghulam-Mohammed Obeidi, c’était la réputation de sa famille qui était en jeu. C’est la seule chose qui lui restait à perdre.
Un père et un fils qui deviennent violents
Selon la police, il devint violent. Et son fils Ahmad aussi. Ils perdaient le contrôle sur Morsal, et la maîtrise d’eux-mêmes dans la foulée. « Tu couvres cette famille de honte », lui disaient-ils.
Le dossier au commissariat de police révèle également plusieurs agressions contre Morsal. Mais la plupart d’entre elles n’ont jamais été déclarées à la police, ou fait l’objet de procès-verbaux. Selon les registres de la police, Ahmad a battu sa soeur le 1er novembre 2006. Le rapport ajoute que la soeur aînée griffa le visage de Morsal tandis qu’elle était à terre. Les coups se firent davantage nombreux le 8 novembre 2006. Cette fois-là, Ahmad la menaça d’un couteau, mais sans l’utiliser. Il hurla sur Morsal, l’accusa de porter atteinte à l’honneur de la famille. Morsal porta plainte contre son frère, et fut à nouveau placée au KNJD ( Service d’Urgence pour les Enfants et les Jeunes). Le 19 janvier 2007, Ahmad l’aurait à nouveau battue, cette fois-ci dans le bureau de la concession familiale de véhicules d’occasion. Sa soeur s’habillait comme une pute, dira Ahmad à la police.
Défendre les biens de la famille
Les Obeidis ne sont pas une famille particulièrement conservatrice. Toutefois, elle tient aux traditions, et l’une d’entre elles, c’est de défendre les biens de la famille : zar (l’or), zamin (la propriété) et zan (les femmes). Dans leur monde traditionnel, il est écrit dans la pierre que ces choses-là sont la propriété de l’homme…
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