Emmanuel R azavi signe ici son premier livre-document au titre on ne peut plus clair ! Il est fort à parier qu'il ne lui attirera pas que des sympathies
et que les critiques les plus passionnées ne viendront pas de ceux que l'on croit, tant les Frères musulmans bénéficient depuis toujours de l'appui objectif des idéologues occidentaux adeptes de la haine de soi. Mais le moins que l'on puisse dire est qu'il sait de quoi il parle ! De ce point de vue, nul doute que les intéressés eux-mêmes reconnaîtront dans cette étude non pas une attaque démagogique anti-islamiste surfant sur l'actualité médiatique toujours en quête de méchants barbus repoussoirs, mais une étude honnête, sans concessions, il est vrai, mais menée d'une main de maître et avec professionnalisme. Il est vrai que peu de journalistes et de grands Reporters connaissent aussi bien qu'Emmanuel R azavi les milieux islamistes et le terrain, lui qui a séjourné avec le Hezbollah au sud Liban en 1998, avec le Hamas en Cisjordanie (2002,2003), qui a fait partie des rares journalistes français à avoir couvert la traque d'Al Qaïda avec les forces américaines le long de la frontière afghano-pakistanaise, lui qui enquête depuis sept ans sur les filières islamistes en Europe (Angleterre, Allemagne, France, Belgique, etc) après avoir vécu au milieu des Talibans. L'auteur, peut se targuer d'avoir obtenu des galons en la matière, puisqu'il a fait partie de la première équipe de journalistes au monde à avoir réussi à réaliser un reportage sur le forces spéciales françaises (COS) qui traquent Ben Laden en secret à la frontière afghano-pakistanaise. Publié par Paris Match, ce reportage ("Afghanistan, des Français sur la piste de Ben Laden") lui valut d'être nominé au prestigieux Prix Bayeux Calvados des Correspondants de Guerre en 2004. Homme d'analyse et de reportages, R azavi est par ailleurs également un homme de projets constructifs, puisque c'est, entre autres choses, lui qui a été choisi pour mettre en place pendant près d'un an la première agence de presse de l'Afghanistan en reconstruction.
Grand lecteur de littérature américaine, d'Albert Londres et d'Hemingway, l'auteur n'a pas choisi au hasard le sujet, il est vrai, fort à la mode, des Frères Musulmans. Mais l'essai de R azavi est tout le contraire d'un livre se nourrissant des modes ou des peurs. Il paraît, certes, à un moment où de nombreuses langues se délient et où l'on découvre ce qui se cache derrière les discours ambigus des Frères ou de l'UOIF en France, mais Emmanuel R azavi croise la route de ces « Trotskistes de l'islamisme » depuis près de dix ans déjà. Et il n'a pas attendu le duel télévisé Sarkozy-Ramadan pour savoir que près de 80% des mouvements islamistes sunnites dans le monde (y compris sur le sol européen, ou aux Etats-Unis) s'inspirent très largement des thèses de Hassan Al Banna et des Frères Musulmans, organisation que le grand père de Tariq Ramadan a créée au début des années 30 dans un contexte anti-colonial, anti-sioniste, anti-occidental et dans le cadre d'un rapprochement entre les forces de l'Axe et certains milieux radicaux du monde arabo-musulman en guerre contre le sionisme naissant. R azavi sait également que l'influence de la Confrérie (car elle s'est construite dès le départ sur le modèle confrérique, avec tout que cela implique en termes de hiérarchie, d'efficacité organisationnelle, d'entrisme et même de double langage), a largement dépassé les frontières du monde arabe : les Frères ont inspiré en partie la première grande Révolution islamiste anti-occidentale moderne, celle de Yalatollah Khomeyni, lui-même membre de la Branche iranienne des Frères musulmans, Fédayané Islam. Ils ont largement influencé les doctrines des mouvements islamistes et jihadistes pakistanais, afghans, malaisiens, algériens, marocains, tunisiens, syriens, indonésiens ou même soudanais. On retrouve aussi la marque de l'Organisation des Ikhwan al Muslimin dans le Caucase (Tchétchénie, Adjarie, Vallée de Pankissi), en Bosnie, et, bien sûr, au Kurdistan irakien ou encore dans des foyers islamo-terroristes d'Asie centrale, comme la Valée de la Ferghana (Ouzbékistan). Sans oublier la Palestine, où, depuis la création du mouvement et en collaboration avec le leader arabe politico-religieux d'alors, le Grand Mufti de Jérusalem al Hadj al Husseini, les Frères musulmans furent les principaux fomenteurs du Jihad anti-juif dans ce qui ne s'appelait pas encore Israël. Le Hamas palestinien et Yasser Arafat lui-même, ont été formé à l'école jihadiste des Frères et ont hérité de l'organisation la conviction absolue selon laquelle la paix ne devra jamais être conclue avec les Sionistes, indépendamment de toute concession imaginable, l'Etat d'Israël étant en son principe même « ennemi de l'Islam » et illégitime.
Parfait fruit de l'intégration républicaine, l'auteur est né dans la Nièvre, d'une mère française originaire du Sud de la France et d'un père iranien, chirurgien dentiste à la retraite qui avait acquis l'amour de la France dès 1946 lorsqu'il était venu étudier un temps dans un lycée catholique du midi de la France avant de repartir à Téhéran. Sa famille du côté paternel est pour l'essentiel de confession musulmane, elle a fait le choix de la France ou des Etats Unis après la révolution iranienne, étant ouverte au progrès et à la modernité. La révolution islamique en Iran a détruit la famille R azavi. Certains ont été tués, d'autres emprisonnés; la plupart vit aujourd'hui aux USA et en France. Le jeune Emmanuel avait à peine 10 ans lorsque la révolution iranienne a éclaté. Il a vu la famille de son père déchirée, éparpillée aux quatre coins du monde. Le grand père d'Emmanuel R azavi est aujourd'hui décédé. Cet ancien colonel dans l'armée iranienne avait fait son école militaire à West Point, aux USA. Il parlait couramment le perse littéraire, le français et l'anglais. L'auteur rappelle en privé que son aïeul mettait toujours en garde ses proches contre le pouvoirs des imams. Mise en garde plus actuelle que jamais à un moment où certains estiment pouvoir intégrer les Musulmans français à coups de mosquées et de sermons d'imams, souvent intégristes ou en tout cas rétrogrades. Comme si « les Lumières, c'était pas pour eux »
Mais ce qui a toujours profondément troublé Emmanuel R azavi et qui l'a incité à initier sa réflexion sur l'Islamisme, c'est qu'une "certaine" France a accueilli allègrement à Neuphle-le-Château et dans le plus grand cynisme diplomatique, l'Ayatollah Khomeiny. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce ne fut pas ce que notre cher président Giscard d'Estaing fit de mieux
Mais il n'était pas le seul : comme l'a parfaitement bien démontré l'auteur iranien Houchang Nahavandi, auteur de nombreux essais sur cette sinistre révolution chiite, c'est l'ensemble de l'intelligentsia de gauche et d'extrême gauche, du journal Le Monde à Foucault et Sartre, qui adouba, par haine de l'occidentalisme outrancier du Shah, les Mollahs totalitaires. Les milieux progressistes pro-palestiniens présentèrent pendant des années le Shah comme l'incarnation la plus diabolique de la « réaction impérialiste », « fasciste », monarchiste, à côté duquel l'Imam fanatique Khomeiny apparaissait comme le nouveau « petit père vert des Peuples », le leader « islamo-progressiste » d'un tiers-monde revanchard opposé à la « dictature du Chah » (allié des « Satans » israélien et américain, pêché suprême
) et de la Savak, la police tortionnaire équipée et conseillée par le Mossad et la CIA. Cette alliance entre la Réaction chiite-khomeinyste et la Gauche révolutionnaire mondiale n'est pas sans rappeler celle qui unissait, au même moment, au Liban les « islamo-progressistes palestiniens » et les ancêtres chiites de Amal et du Hezbollah. Alliance qui rime trop souvent avec complaisance et indignation sélective lorsque l'on compare la façon dont ceux-là mêmes qui médiatisèrent et immortalisèrent la douleur palestinienne de Sabra et Chatila ne dirent mot du drame équivalent de Damour, où autant de Chrétiens libanais furent exterminés tout aussi sauvagement par les milices palestiniennes. Mais il est vrai que les crimes « islamo-progressistes » sont plus légitimes que les crimes des « phalangistes libanais », coupables de chrétienté, de philo sionisme et d'anti-communisme
Plus près de nous, cette alliance anti-occidentale et néo-totalitaire Rouge-Verte est rejouée continuellement avec succès au sein même des démocraties occidentales, où les Islamistes ont compris que, pour avancer efficacement et déjouer les inévitables méfiances et barrières des défenseurs de la laïcité et de la démocratie, ils devaient imiter l'Ayatollah Khomeiny, lequel utilisa fort habilement dans un premier temps le parti communiste iranien Toudeh avant de se débarrasser de ses alliés « athées» une fois qu'il n'eut plus besoin d'eux. D'où l'alliance, en Grande Bretagne, en Italie, en France ou ailleurs, entre les Frères musulmans et certaines mouvances d'extrême-gauche, souvent trotskyste (LCR, JCR, Socialisme en Bas, etc). A cet égard, la conversion de Carlos à l'islamisme néo-wahhabite et ses appels à rejoindre le Jihad d'Al Qaïda, ou encore la position des Nouvelles Brigades Rouges italiennes invitant les « vrais révolutionnaires anti-impérialistes » rouges à s'allier tactiquement aux combattants de Ben Laden, sont autant riches d'enseignements qu'inquiétants. La même alliance tactique rouge-verte explique que, lorsque DST émit un arrêt d'interdiction du territoire français à l'encontre de Tariq Ramadan, dont les prédications furent jugées dangereuses pour l'ordre républicain laïc, ce dernier (certes aucunement assimilable à Khomeiny), fut immédiatement secouru par tout ce que Paris comptait d'intellectuels progressistes » ou rouges. D'où le fait, également, que des journaux comme Le Monde ou le Monde Diplomatique ont présenté les Ramadan, les Djazaïri ou les al Qardaoui (idéologues des Frères et du salafisme) comme des « réformateurs » ou des représentants du « salafisme modéré » ou de « l'islamisme modéré », comme si l'on pouvait à la fois être un extrémiste religieux (signification même du néologisme islamisme), un nostalgique de l'Islam bédouin du VIII ème siècle, et un « modéré-réformateur »... Le moins que l'on puisse dire est qu'il y a une profonde contradiction chez ces intellectuels bien-pensants de gauche ou d'extrême gauche, qui, en nombre impressionnant, défendent autant qu'ils le peuvent les Imams obscurantistes des Frères musulmans alors qu'ils ont toujours combattu imams, pasteurs et rabbins. On pourrait même se demander avec Rachid Kaci et nombre de Musulmans français, s'il n'y aurait pas une forme de mépris et de racisme inconscient à refuser aux Musulmans le rationalisme et l'éveil anti-clérical que l'on exige pourtant des non Musulmans depuis l'Encyclopédie.
Connaissant de l'intérieur le danger que représentent l'idéologie islamiste et l'organisation des « Ikhwan al Muslimin », R azavi ne dissimule point son indignation vis-à-vis du fait que des structures subversives telles que l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), ouvertement proches des Frères sur le plan philosophique, sont devenues les interlocuteurs incontournables de nos institutions, l'UOIF étant aujourd'hui l'un des piliers du Conseil Français du Culte Musulman. Censé en principe représenter un « Islam de France » à majorité maghrébine, berbère et noire-africaine - donc fortement influencé de maraboutisme, de traditions paysannes et de rite essentiellement malikite - l'Islam de France risque ainsi, à la faveur d'une remarquable stratégie d'entrisme et d'occupation du terrain poursuivie par les Frères, d'être « confisqué », détourné et un jour monopolisé par les adeptes d'un islam salafiste (« retour aux Pieux Ancêtres »), étranger au monde afro maghrébin et même turc.
Il serait irresponsable de prendre cela à la légère, car l'enjeu est de taille : dans le double contexte de la lutte anti-terroriste et du défi de l'intégration : l'objectif principal des Frères musulmans, et des Salafistes en général (Wahhabites saoudiens, etc) est ni plus ni moins d'empêcher l'intégration des Beurs et des autres Français issus de l'immigration de confession musulmane, intégration qui est vécue comme une « désintégration », une forme de « néo-colonialisme » susceptible de rendre « décadents » et « impies » les Fils de la « Vraie Religion ». D'où l'acharnement des organisations de la nébuleuse islamo-salafiste à exiger le port du voile dans les lieux publics, sur les photos d'identité, etc. Ceci en vertu du verset « Vous formez la meilleure communauté suscitée parmi les hommes (
), vous ordonnez ce qui est convenable et vous interdisez ce qui est blâmable (Coran, 3, 104 ; 9, 71)»
, injonction valable en tout lieu et en toute heure. N'oublions jamais que le voile n'est pas neutre : il ne s'agit pas d'un vêtement comme un autre, mais d'un « uniforme islamique », un vêtement politico-religieux que les Musulmans français adeptes d'un Islam apaisé et moderne combattent plus encore que nombre de non Musulmans eux-mêmes. Rappelons qu'en Iran, en Egypte, au Pakistan, en Afghanistan et aujourd'hui dans la Turquie réislamisée par l'AKP et en voie de dékémalisation, la réaction islamiste, fût-elle faussement « modérée », est partout inaugurée par la lutte en faveur du port du voile. Partout là aussi, les Frères Musulmans, le Hezbollah, le Hamas, l'AKP, le Jamaà islami, le FIS ou autres Parti de la Justice et du Développement (Maroc, Turquie, etc) fustigent les mêmes bêtes noires de l'Islam : Atatürk, père de la Turquie moderne et abolisseur du voile et du Califat, Bourguiba, père de l'exception moderne tunisienne, le Chah d'Iran, « apostat » et « agent du sionisme », comme Kemal, d'ailleurs, et tous les autres Musulmans réformistes, d'Abdel Raziq, Nawal al-Saadawi, Abou Zaïd ou Taha Hussein, Fouad Zakaria en Egypte, à Mohamed Charfi ou Mohammed Talbi en Tunisie, en passant par le Cheikh Bentounès, l'Imam Bencheikh de Marseille, Mohamed Arkoun ou Leila Babès en France, ou Latifa Ben Mansour, Rachid Boudjedra, Farhat Mehenni ou Malik Lounès en Algérie. Sans oublier Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Naipaul, ou Ibn Warraq pour ce qui concerne le monde indo-pakistanais.
Qu'ils s'agissent de Farag Foda, de Zakaria ou de tant d'autres défenseurs de la Liberté de pensée en terre d'Islam, tous les Musulmans modernistes ou libres-penseurs ont été à un moment ou à un autre des victimes physiques, judiciaires ou idéologiques des Frères Musulmans et de leurs émules. Tous ont retrouvé en face d'eux, même lorsqu'ils ont fui leurs pays pour trouver refuge dans les capitales européennes, les Frères et leurs multiples associations de jeunesse, structures militantes, Conseil des Fatwas, centres culturels ou « associations de quartier ». Depuis que les réseaux dits « salafistes modérés» ont pignon sur rue dans la plupart des pays occidentaux, puisqu'ils contrôlent nombre d'institutions officielles de représentation de l'Islam - ce que j'avais démontré dans mon ouvrage Le totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties », à l'issue d'une enquête menée dans toute l'Europe - ils ne menacent plus seulement de façon agressive leurs coreligionnaires modernistes. Ils les écartent des instances de représentation de l'Islam officiel, ils ont fait main basse sur les lieux de culte, les boucheries hallal, etc. Bref, bien que la grande majorité des Musulmans de France et d'Europe soit plutôt peu pratiquante et libérale, les Frères et leurs adeptes ont prouvé qu'ils avaient gagné la bataille de l'entrisme et de la subversion des valeurs et institutions démocratiques. La chose est grave car, en instrumentalisant machiavéliquement les thèmes de l'immigration, du racisme et de l'exclusion, les Frères musulmans, fidèles en cela aux enseignements anti-colonialistes et « par étapes » d'Hassan al Banna, parviennent chaque jour à faire rentrer dans leurs girons de plus en plus d'exclus, de Français de confession musulmane peu pratiquant au départ mais « récupérés » non sur les thèmes de la piété ou de la morale religieuse, mais du communautarisme et du victimisme. Comme tous les totalitarismes, l'islamisme surfe sur le bouc émissarisme et la théorie du complot : le mal vient toujours de l'Autre. Ici, le local est directement conditionné par l'international, et la figure victimaire du palestinien fedayin persécuté ou du mustadhafin (« déshérité »), chère à Frantz Fanon ou à Jean Genet, n'est pas sans influencer les représentations convulsives et ressentimentales des nouvelles recrues du « Jihad intérieur ». En tant que Français d'origine iranienne, mais surtout républicain vigilant, Emmanuel R azavi estime qu'il est de son devoir de journaliste fort d'une expérience précieuse de faire part de ses inquiétudes en parlant de cette internationale islamiste qui tisse sa toile sous le regard impuissant des pouvoirs publics.
Récemment revenu d'un long voyage d'enquête en Egypte, en Jordanie et aux Emirats Arabes Unis, organisé spécialement pour achever cet essai, Emmanuel R azavi est allé enquêté sur place au sein de cellules des Frères Musulmans et n'a pas hésité à suivre le parcours de base du militant « frère » type, de Paris et Londres à Al Azhar, en passant par le Golfe, le Pakistan, l'Afghanistan et le Proche-Orient. Pour la première fois, ce n'est pas une énième analyse théorique sur le « danger islamiste » qui nous est livrée dans un contexte démagogiquement partisan ou moralisateur, mais une description concrète, réaliste, de terrain, de la menace multiforme et bien réelle qu'est l'idéologie et l'organisation des Frères Musulmans. Menace non seulement pour les démocraties occidentales, mais également et en premier lieu pour les peuples du monde musulman, premières victimes de la régression et du « fascisme islamiste », pour reprendre l'expression désormais célèbre de Rachid Boudjédra. A la différence de nombre d'enquêteurs et analystes, R azavi n'a jamais omis de donner la parole à ceux-là même qu'il combat. Lorsque les interviews des intéressés ne sont pas à la disposition du lecteur, celui-ci doit savoir que ce sont les interrogés qui se sont dérobés ou ont refusé de répondre à l'auteur. « Situé » comme tout le monde, et ne dissimulant aucunement le camp (républicain, anti-totalitaire) d'où il s'exprime, l'auteur n'en est pas moins d'une rare neutralité axiologique : inclassable idéologiquement, Emmanuel R azavi s'enorgueillit de respecter la déontologie de l'enquêteur et de n'avoir aucun engagement politique partisan. La seule activité « militante » qu'on lui connaît est celle en faveur de la liberté de la presse au sein de Reporters Sans Frontières. Et c'est parce qu'il refuse chapelles et embrigadements que l'auteur a refusé de participer ces derniers mois, et surtout depuis la seconde crise irakienne, aux concerts d'américanophobie et d'antisionisme où l'on a étrangement vu revenir par la petite porte du tiers-mondisme les démons rouge-bruns-verts de la haine judéophobe et occidentalophobe, idéologie hybride alliant haine du capitalisme, tiers-mondisme, palestinisme, altermondialisme, et anti-sionisme pathologique confinant souvent à la judéophobie. De la même manière, l'auteur n'hésite pas à se désolidariser nettement de la diplomatie de son pays, laquelle semble, depuis les obsèques de Hafez al Assad et de Yasser Arafat, la réhabilitation de Kadhafi, la guerre d'Irak et le refroidissement avec Israël et les Etats-Unis, prendre systématiquement le parti des dictatures arabes et musulmanes sous prétexte qu'elles sont plus ou moins francophiles ou opposées à « l'unilatéralisme » américain. Or, les temps ont changé et l'image de la France s'est ternie dans tout le Moyen Orient. D'après R azavi, qui déplore l'extrême décalage entre ce qu'il entend et voit dans les pays musulmans et ce qu'il entend et voit dans les médias français et européens, il est temps d'en prendre conscience, si l'on veut éviter de nouvelles surprises comme celle des otages français d'Irak et de nouveaux attentats.
Il est bon de rappeler que l'ouvrage de R azavi paraît un an après ce que l'on a appelé le « 11 septembre espagnol » (en fait les attentats du 11 mars 2004), horreur que l'on aurait parfaitement pu éviter, selon l'auteur, si les politiques avaient écouté les avertissements des services secrets espagnols qui connaissaient parfaitement l'identité et les agissements des organisateurs des attentats. A juste titre, R azavi rappelle que la menace représentée par Al Qaïda n'est pas étrangère à l'action des Frères musulmans, mais au contraire l'une des créations monstrueuses de certaines branches issues de l'organisation, puisque le père spirituel et inspirateur principal de Ben Laden, le palestino-saoudien Abdullah Azzam, avait été lui-même un des dirigeants des Frères. Etonnamment, les Européens semblent avoir déjà oublié les leçons de cet évènement que fut l'attentat de Madrid, conséquence directe de l'imprudence des dirigeants occidentaux dans leur façon de gérer l'Islam. Quant aux Espagnols, qui se croyaient jusque la a l'abri du terrorisme et qui ne connaissaient que le terrorisme identitaire et séparatiste de l'ETA, c'est a leur dépend qu'ils ont commencé a prendre au sérieux la principale menace pour les démocraties occidentales: le totalitarisme islamiste, que la plupart des analystes et responsables politiques européens persistent à vouloir nommer « fondamentalisme » ou « intégrisme ».
Or, ce « totalitarisme vert » n'est pas un simple intégrisme religieux comme un autre mais une idéologie de destruction de masse, une forme théocratique de totalitarisme et de racisme d'autant plus redoutable que la haine pathologiquement anti-juive et anti-chrétienne qu'il incarne s'exprime au nom des « victimes » palestino-arabes, du « tiers-mondisme », de « l'anti-impérialisme » et même de l'anticolonialisme. Ceci lui confère une aura exotique et une force exonératoire terriblement efficaces à l'heure du « Sanglot de l'Homme blanc » si bien décrit par Pascal Bruckner et du Politiquement correct, dont le postulat de base consiste à criminaliser à priori toute défense de la civilisation judéo-chrétienne et occidentale et a contrario a justifier les pires « réactions » barbares islamo-terroristes que de plus en plus estiment être la simple conséquence funeste de « l'unilatéralisme américain » et du « racisme belliciste » de Sharon. C'est là méconnaître gravement la nature de la menace incarnée par Al Qaïda : car les « buts de guerre » du totalitarisme islamiste ne consistent ni à « défendre les Palestiniens » - ou même le régime « impie » de Saddam Hussein (que Ben Laden a toujours appelé a détruire) - ni même encore la population irakienne (depuis la chute de Saddam, Al Qaïda est en guerre contre la majorité chiite du pays qui dépasse les 60%). Dans un communiqué du 19 mars 2004, l'organisation d'Oussama Ben Laden a d'ailleurs précisé que les démocrates américains étaient pires (et plus « hypocrites », mounafikoun) que les Républicains, Al Qaïda souhaitant la réélection de Georges Bush, plus susceptible de susciter le « réveil de l'Islam »
Marketing is marketing !
Au moment même ou l'Espagne tombait dans le piège tendu par Al Qaïda en se débarrassant de Aznar et en votant pour le candidat Zapatero qui avait promis le retrait des troupes d'Irak, d'autres voix rejoignaient- partout en Europe et même chez les démocrates américains - le concert de la culpabilisation occidentale et de la tentation munichoise. Retenant mal sa satisfaction d'avoir « eu raison », un an plus tôt, avec Gérard Schröder et Jacques Chirac, de mener la fronde anti-américaine en brandissant la menace du veto français a l'ONU, Dominique de Villepin, expliquait qu'Aznar avait commis une « erreur, une faute », précisant qu'il « y a aujourd'hui deux foyers du terrorisme dans le monde : le premier, c'est la crise au Proche Orient, et le deuxième, c'est l'Irak » . Comme nous l'expliquions lors de l'intervention en Irak dans un article du Figaro, les mêmes masses de « pacifistes » européens qui manifestèrent leur refus de l'intervention en Irak et les mêmes dirigeants franco-allemands décidés à faire obstacle a la « Croisade américaine », avaient a contrario adopté très largement une attitude de va-t-en-guerre lors de l'intervention américaine au Kosovo et de la destruction de l'ex-Yougoslavie elle aussi sous embargo. Les tragiques évènements de mars 2004, durant lesquels le monde entier assista passivement aux pogroms anti-serbes perpétrés par les nationalistes albanais du Kosovo, ont tragiquement démontré que s'il y avait vraiment lieu de dénoncer « l'unilatéralisme américain » et la « violation de la souveraineté nationale », les dirigeants français et allemands et les millions de « pacifistes » européens auraient dû dénoncer « l'agression de la Serbie » avec la même ferveur qu'ils dénoncèrent « l'agression de l'Irak » de Saddam. Du moins s'ils avaient été cohérents. Mais ces serait là méconnaître l'un des postulats de base du politiquement correct (que j'ai baptisé en 1998 « islamiquement correct », concept largement repris depuis) selon lequel les « vraies victimes » arabo-musulmanes - et non occidentalo-judéo-chrétiennes en général - méritent toujours plus d'être défendues contre « l'impérialisme » et « l'injustice » que les « fausses victimes » serbo-yougoslaves ou judéo-chrétiennes en général, lesquelles demeurent de toute façon des Occidentaux, donc des composantes du camp des « bourreaux par essence ». Inversement, les Arabes, les Musulmans, lorsqu'ils sont en « colère » ou lorsque des démons barbares ou totalitaires les emparent, lorsqu'ils démantèlent l'ex-Yougoslavie (séparatisme-mafieux albanais de l'UCK en Serbie et en Macédoine) ou lorsqu'ils veulent « punir l'Occident croisé » et Israël (Hamas, Hezbollah, Al Qaïda, GIA, etc), ne font jamais que « réagir » à une « agression » judéo-croisée ou « impérialiste » originelle. Ce type de représentations à la fois victimaires et munichoises aboutit à des absurdités et des inconséquences inégalables, notamment, lorsque le 22 mars 2004, la diplomatie française en tête, la plupart des chancelleries européennes condamnèrent avec indignation « l'assassinat » par l'armée israélienne, du chef spirituel du groupe islamo-terroriste Hamas, le Cheikh Yassine, comme si l'un des plus redoutables commanditaires et idéologues de la Terreur verte, de surcroît l'un des premiers responsables de l'échec des accords de paix israélo-palestiniens, avec Yasser Arafat, méritait un seul instant d'être pleuré
C'est également cette grille de lecture qui explique l'étonnante bienveillance dont les Frères Musulmans bénéficient de la part des pouvoirs publics et des milieux intellectuels et médiatiques en Europe et même aux Etats-Unis. Révolté par ce renversement des rôles et des responsabilités, Emmanuel R azavi a parfaitement bien désocculté la stratégie victimaire et subversive des islamistes instruits dans la doctrine d'Hassan al Banna, puis dévoilé le vrai visage d'une organisation aux deux facettes, tel le Dieu Janus.
Les Espagnols ont semble cédé au terrorisme, comme hier la France face à l'Iran et au Hezbollah. L'Espagne s'en mordra les doigts dans peu de temps. Car la spirale du chantage et des concessions munichoises ne s'arrête que dans le chaos et les grincements de dents. Les prochaines exigences d'Al Qaïda seront-elles l'enseignement du Coran dans les écoles, l'interdiction des « islamophobes » Dante ou Voltaire ou le droit de porter le voile dans les services publics ? Le communiqué d'Abou Hafs al Masri explique que les attentats du 11 mars (six mois après la rencontre Bush-Aznar dans les Açores) ont pour but de régler « de vieux comptes avec l'Espagne croisée, alliée des Etats-Unis dans leur guerre contre l'islam ». Cette vielle rancune remonte en fait à la reconquista, à la chute du Califat de Grenade et à l'expulsion des Musulmans par los Reyes catolicos. Dans les consciences des Musulmans du monde entier, la « perte d'Al Andalus » demeure un souvenir aussi « humiliant » que le la chute du Califat d'Istanbul ou la « Catastrophe » (Nakba) de la création d'Israël. D'où le rôle croissant des « convertis », que l'auteur a rencontrés un peu partout dans le Dar al Islam, de plus en plus sollicités qu'ils sont par Al Qaïda, ainsi qu'on l'a vu avec les attentats de Casablanca et de Madrid ou à l'occasion des procès des « filières tchétchènes » (David Courtailler).
Parfaitement conscient de cette réalité croissante, Emmanuel R azavi décrit avec force détails et après d'impressionnantes enquêtes de terrain, comment s'effectue la sélection, l'acculturation et l'endoctrinement des nouvelles recrues d'Al Qaïda, dont de plus en plus de convertis. Distribution de cassettes de Coran, entraînement sportif, incitation à la coupure avec l'environnement ambiant, prise en charge quasi-totale de l'individu (logement, travail, etc), port de la barbe et « nouveaux vêtements du bon musulman », conférences et vidéos sur la geste jihadiste des combattants d'Allah, les jeunes beurs des banlieues ou les convertis en mal de repaires retrouvent une sorte de famille de substitution dans les communautés informelles constituées par les sergents-recruteurs de Ben Laden et de Zarkaoui. Encore une fois, même si l'on ne peut, par souci de vérité, assimiler schématiquement Al Qaïda aux Frères musulmans (nébuleuse elle-même hétérogène ayant donné naissance à pléthore de structures différentes et parfois antinomiques), on ne peut qu'être saisi par le rôle de nombreux Frères musulmans ou ex-Frères dans la phase d'endoctrinement initiale des futurs membres d'Al Qaïda.
Refusant de mâcher ses mots, R azavi avertit sans ambages les démocraties occidentales : certes, certaines associations ou organisations issues des Frères ont un discours édulcoré. D'autres condamnent le terrorisme et la violence. Et l'on ne peut que s'en féliciter. Mais l'idéologie faussement « réformiste » des salafistes, même modérés, demeure, à la base, de même nature que celle qui anime les fondateurs d'Al Qaïda et de la plupart des organisations jihadistes sunnites sévissant dans le monde depuis plusieurs dizaines d'années : ceux qui ont déstabilisé l'Egypte et tué Anouar al Sadate, ceux qui ont formé et équipé les GIA algériens, ceux qui ont organisé les filières de volontaires du Jihad bosniaque ou afghan, ceux qui ont appuyé les mouvements islamistes radicaux en Tunisie, au Maroc ou en Turquie, le commanditaire du premier attentat du World Trade Center (Abd al Rahmane), les kamikazes de Cheikh Yassine et du Hamas en Palestine (qui se définit elle-même comme une simple branche locale des Frères musulmans), sont tous issus ou influencés par l'organisation des Frères ou ses différentes succursales ou dissidences. La différence entre le salafisme « modéré » et le « salafisme jihadiste » n'est donc pas une différence de nature mais de degrés. Dans les deux cas, le but ultime est de réduire par tous les moyens possibles la nuisance des « impies » et des « infidèles » et d'étendre « jusqu'au jour dernier » le règne de la Charià, l'Humanité toute entière étant vouée à se soumettre au principe d'unicité (Tawhid, nom cher aux Frères) véhiculé par la « Vraie religion », dont les ennemis principaux demeurent, après les Païens (ou « associationnistes » : mushrikûn), ceux qui ont falsifié les écritures et combattent l'Islam : les Juifs et les Croisés, contre qui le Jihad (du verbe ou des armes) reste obligatoire. Et c'est parce qu'il connaît les véritables objectifs et « buts de guerre » des Frères Musulmans et des « Salafistes modérés » qu'Emmanuel R azavi invite les dirigeants des démocraties à mettre littéralement hors la loi les organisations prosélytes salafistes anti-occidentales (Frères, Wahhabites, Déoband, ou autres). Car, de même que des lois condamnent et interdisent les incitations au racisme, de même elles devraient condamner le « racisme religieux » prôné par les adeptes d'Al Banna. Parallèlement, il propose à raison de tout faire pour que les Musulmans d'Europe et d'ailleurs soient représentés, sinon par les tenants d'un introuvable mais toujours souhaitable aggiornamento, du moins par les responsables musulmans réellement modérés qui reflètent bien plus fidèlement la majorité des fidèles de l'Islam, premières victimes de l'Islamisme et de la régression opérée par le wahhabisme saoudien et la Confrérie d'Hassan al Banna depuis les années 30 du siècle dernier, qui vit simultanément l'éclosion de la Monarchie saoudienne et des Frères musulmans, pour le plus grand malheur du monde islamique, alors sur le point de connaître une formidable avancée philosophique et politique. Avancée inaugurée avec la Nahda et les Tanzimat au siècle précédant mais hélas compromise brutalement et à coups de pétrodollars et de prêches par la stratégie centrale du salafisme (retour à l'Age d'Or bédouin) qui consista à jeter le bébé prometteur du modernisme et de la sécularisation avec l'eau ressentimentale de l'anticolonialisme radical.
* Géopolitologue, Alexandre del Valle fut parmi les premiers à dénoncer l'attitude suicidaire des démocraties face à la menace néo-totalitaire islamisme. On lui doit notamment Islamisme-Etats-Unis (L'Age d'Homme, 1997), Le totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties, (Syrtes, 2002), ou encore La Turquie dans l'Europe, un cheval de Troie islamiste ? (Syrtes, 2004).
Liberté Egalité Fraternité ! L'islam est incompatible avec la démocratie, la république et la déclaration des droits de l'homme ! " Le racisme est la plus basse forme de stupidité humaine, l'islamophobie est le summum du bon sens. " Merci au site de SIOE pour cette belle formule. Sites américains à visiter absolument : http://www.antijihadresistance.com/ http://www.unitedamericancommittee.org/ et : http://www.a-voix-haute.com et http://www.bivouac-id.com/
dimanche 28 septembre 2008
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